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#AnbaDiktati – Michèle Bennett Duvalier

Nous avons déjà dit tout ce qu’il y avait à dire sur Michèle Bennett Duvalier ici. Nous avons parlé de la « jeune divorcée avec un rêve simple: s’emparer des richesses du pays et donner les plus belles fêtes », de la « Marie-Antoinette des Antilles et sa famille [qui] ont vite fait de s’accaparer de tout ce qui était accaparable », de son père – surnommé le Parrain – suspecté de trafic de cocaïne, de son frère  » arrêté, jugé et logé pendant deux ans et demi dans une prison fédérale pour trafic de cocaïne en 1982″, de « sa » maternité où « on aurait retrouvé deux à trois cents livres de cocaïne », de « ses fêtes costumées dont l’une restée célèbre où un jeune dictateur généreux, habillé en sultan turc, offrait des bijoux d’une valeur de dix mille dollars aux invités; le tout diffusé en direct à la télévision nationale » et, enfin, de la « belle aventure [qui] se termina sur une fuite, à 3 heures du matin, le 7 février 1986, une entrevue catastrophique avec Barbara Walters, puis un divorce pour adultère ». Le personnage ayant déjà été campé et bien campé, il ne nous reste plus qu’à donner les détails chiffrés du coût de l’aventure, tels que rassemblés dans le Rapport St Fleur.

Le nom Bennett apparaît 24 fois dans le rapport sur les finances des Duvalier. C’est que, à côté de la première dame, apparaissent les noms de membres de sa famille: ses frères Ernest Bennett Jr, Rudy Bennett et Ronald Bennett, sa soeur Joan Bennett Thiesfeld et son mari Fritz Thiesfeld, Mario Théard (accessoirement ex-mari de Marie-Denise Duvalier) et Stanley Théard (pp 65, 75, 113-114), ainsi que ses parents Mme (Aurore) Ernest Bennett (pp 80, 83, 114), Ernest Bennett (p 105). Même l’ex-mari – Alix Pasquet Jr dont le père, Alix Pasquet, avait essayé de renverser François Duvalier – y trouve son compte. Des chèques tirés sur les « Oeuvres Sociales de Mme François Duvalier« , étaient ainsi « endossés par Mme Duvalier et encaissés ou déposés à son compte privé, l’ex-époux de Michèle Duvalier, Alix Pasquet et certaines compagnies administrées par le père de Michèle Duvalier telles que la Hinoto et la Sonavesa » (p 65).

Le rôle joué par Michèle Bennett dans cette vaste entreprise de spoliation du peuple haïtien est ainsi présenté dans le rapport:

Michèle Bennett Duvalier prit une part très active dans la perpétration des transactions frauduleuses et des escroqueries qui ont débouché sur un détournement systématique des deniers publics. Sa participation remonte quelques mois après son mariage avec Jean-Claude Duvalier. En effet, le premier chèque émis en sa faveur que nous avons pu retracer est daté du 14 juillet 1980, peu après son mariage. Ce chèque de $100,000 était tiré sur un des comptes « non-fiscaux », No. 382-G [Défense Nationale #1]. Son rôle actif dans cette conspiration de grande envergure est illustré par son usage à outrance de chèques tirés sur les différents comptes extra-budgétaires maintenus a la disposition des Duvalier. Il convient aussi de rappeler qu’elle utilisait régulièrement le truchement de ses « Oeuvres »
Sociales » pour siphonner des sommes considérables des différentes agences gouvernementales. Elle a de ce fait joué un rôle primordial et sa participation remonte au moins au 14 juillet 1980. Il en résulte qu’elle est responsable du montant détourné à partir de cette date; soit: $94,603,083.14.

François St Fleur, Rapport sur les Finances des Duvalier, 1987, p. 27

Les détails des transferts (à partir du 14 juillet 1980) sont repris dans le tableau ci-dessous:


Comptes Non-Budgétaires

$61,667,815
Régie du Tabac 17,563,532
Loterie 1,602,4803
OAVCT 695,600
CCJH 2,194,950
Minoterie 4,402,7306
Impots 1,728,6707
BNC 2,386,2349
Institutions Diverses 2,361,072
TOTAL $94,603,083

Ils expliquent de façon éloquente cette étiquette d’expédition au nom de « Mrs. Michele B. Duvalier, First Lady, Palais National, Port-au-Prince, Haiti » retrouvée dans la maison du couple en fuite, aux lendemains de la chute de la Dictature. Datée du 15 novembre 1985 du grand magasin londonien Harrods, elle orne un fragment de jardinières décorées de dragons chinois, avec la mention « un de 20 lots ». Le New York Times du 10 février 1986 décrit une maison pillée par la foule mais dont les ruines témoignaient des goûts dispendieux de la famille présidentielle:

Parmi la porcelaine brisée et le cristal brisé, on pouvait trouver un dessus de boîte de Gucci, une enveloppe de Cartier, un bon de commande de Saks Fifth Avenue, un dessus de boîte de B. Altman & Company, une enveloppe du fabricant de feuilles parisien D Porthault. Cette enveloppe était destinée au décorateur d’intérieur de la famille Duvalier [Jean « Johnny » Sambourg], qui séjournait à l’hôtel Ritz à Paris.

James Brooke, « At Duvalier Home, Splendor in Ruins », New York Times, 10 janvier 1986

C’est que, trois mois plus tôt, au début du mois de novembre 1985, Mme B. Duvalier et son décorateur dépensaient plusieurs millions en shopping à Paris, Londres et New York. Quelques semaines plus tard, un pétrolier refusait de décharger parce que – arrêtez-moi si vous avez déjà entendu ceci – le gouvernement n’avait pas l’argent nécessaire pour payer à l’avance. Il y eut arrêt des transports et les premières manifestations antigouvernementales éclatèrent fin novembre. La fin n allait pas tarder.


Pour celleux que cela intéresse, le magazine américain People a un article riches en potins sur les manières quelques peu criades de Michèle B. Duvalier, sa vie avant et pendant son mariage avec Duvalier, ses dépenses extravagantes et tout le mal qu’en pensaient les hommes et femmes du monde. L’article est en anglais mais, heureusement, Google Translate existe. Amusez-vous.

Patricia Camilien Tout afficher

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2 pensées sur “#AnbaDiktati – Michèle Bennett Duvalier Laisser un commentaire

  1. Mwen renmen Patricia Camilien e se pa premye fwa mwen ekri sa. Ou konn tande machinn frape moun. Sa menm se yon tank li pase sou yon moun… pa gen chape…
    Fòmil kite ekri yo pale a bon nèt!

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