Où je suis ce dimanche

Ce dimanche, je suis quelque part au Québec où, finalement, la neige a recouvert d’une belle couche poudreuse les arbres et les rues. Noël est venu avec du retard, mais il est finalement là et je suis d’humeur festive. La coupure d’électricité de plus de trois heures qui a suivi n’a guère entamé ma joie. Il neige ! Tout va finalement comme tout doit aller. Je suis en paix avec le monde.

Sauf que ce n’est pas vrai. Dans mon pays aujourd’hui, devait avoir lieu le second tour des élections présidentielles – et ces autres que nous avons pris l’habitude d’ignorer proprement.  Il y a quelques jours, dans un communiqué laconique, le Conseil Électoral Provisoire,  souverain et matador (déjà plus si) suprême, nous annonçait qu’elles étaient renvoyées sine die. Désormais, nous attendons qu’une commission d’évaluation, accouchée au forcing et aux termes de référence fort flous, accouche de la solution miracle qui nous sortira, encore une fois, du bourbier électoral coutumier céans. Mais c’est le temps des fêtes, celui de toutes les possibilités, alors nous pouvons nous permettre de rêver.

Sauf que ce n’est pas vrai. Nous avons cessé depuis longtemps de croire au Père Noël. Il n’est jamais passé. Il ne nous apporte jamais rien. Nous ne l’avons jamais vu et nous sommes de piètres croyants. Il nous faut voir pour croire. Nous voulons toucher la plaie du doigt. Nous sommes des Saint Thomas à Ayiti Toma. Nous avons cessé de croire aux cadeaux emmaillottés; la maillotte ne nous fait plus peur. Cette commission, elle ne nous impressionne pas. Nous allons ressortir notre petite chaise basse et la regarder passer.

Sauf que ce n’est pas vrai. Cet enfant emmaillotté va bientôt devenir une véritable plaie. Comme tous les enfants emmaillottés que nous avons dû subir depuis que nos ancêtres brutalement asservis sont arrivés enchaînés sur cette terre et forcés d’abandonner tout ce qui faisait leur identité. Eux ont réussi à se défaire de leurs chaînes. Ce dimanche, alors que je regarde finalement tomber la neige, je fais le vœu que nous réussissions à briser, nous aussi, les mécanismes de ces métastructures aussi liberticides que pernicieuses qui nous maintiennent, humiliés, dans un état de débilité perpétuelle.

Sauf que ce n’est pas vrai. Cet état de faiblesse, s’il a été naturalisé, est tout sauf naturel. Il a besoin de notre accord pour continuer d’exister et de s’exercer sur nous. Comme mon pays adoré, je suis de nature contrariante. Je formule le vœu qu’en 2016, nous le soyons tous !

Bonne année 2016!

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Rubens dit :

    Hahah. S’il y avait eu des élections aujourd’hui, c’est moi qui serais président. Justin Lhérisson a dit un jour, qu’
    Haiti est un pays où le possible est impossible et l’impossible est possible.

    J'aime

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