À propos de la grève des médecins résidents

Vous êtes nombreux à me demander d’expliquer mon silence sur le mouvement des médecins résidents des hôpitaux publics. La demande est justifiée, je vous ai habitués à me voir m’exprimer sur divers sujets et je comprends – et mesure certainement l’honneur implicite que vous me faites – que mon silence vous interpelle. Je me suis toutefois engagée à n’écrire de billet sur ce blogue que si je suis convaincue que j’ai  quelque chose à dire et à partager.

Sur la question en discussion, je ne réagis pas encore parce que je ne sais pas trop comment l’aborder. Je déplore certes la situation mais ne peux me prononcer plus avant, n’ayant ni les données ni les références nécessaires. Fort heureusement, Johnson Deshommes, étudiant en médecine qui rêve déjà de son internat l’année prochaine, a bien voulu partager avec moi puis, à ma demande, avec vous, son point de vue sur la question. Je reproduis son commentaire ici et vous invite au débat.


Je vois la situation en tant qu’humain d’abord. La majorité de mes collègues ne sont pas d’accord avec moi mais je crois que ce n’est pas le bon moment pour la grève. Nous sommes dans une crise électorale majeure, le budget est déjà en cours et l’international ne vas pas donner de l’argent à un gouvernement provisoire. Pis, celui-ci n’a que des jours limités pour organiser une élection dont jusqu’à la faisabilité est douteuse.

Je vois donc, disais-je, le côté humain. Pendant mon stage à la Maternité Isaïe Jeanty, plus de 3 femmes sur 10 souffraient de pré-éclampsie sévère. Il s’agit d’une pathologie où, si la femme n’est pas prise en charge, elle sera morte dans les heures qui suivent. On doit arrêter la grossesse, s’il y a maturité, à moins d’une modification du col de l’utérus, ce qui est un bon signe et indique que la femme peut accoucher.

Je vois le côté humain parce que je pense au taux d’infection, de rupture utérine. Je me dis que ces mères ne devraient pas être condamnées parce qu’elles portent la vie, que les bébés sont des innocents qui méritent la vie.

Je suis pour l’augmentation salariale. Les revendications sont justes et sensées, mais ce n’est pas le bon moment. Je supporte le mouvement en général, mais je ne peux m’empêcher de penser avec inquiétude  à ces démunis qui ont besoin d’un analgésique pour une colique néphrétique.

Plus inquiétant encore, le gouvernement ne se prononce pas. C’est un mauvais signe pour ceux qui ont besoin de soins pressants. Si son silence continue, que ferons-nous ?


Les médecins grévistes maintiennent une page Facebook dont est tirée la photo servant de vignette à ce billet.

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3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Il faudra finir par reglementer le droit de greve dans certains services publics comme celui de la santé en définissant un « service minimum » ou alors en remplacant tout arret de travail par le port d’un signe de protestation (brassard par exemple).
    En meme temps, je crains que les explications fournies pour expliquer l’impossibilité de satisfaire aux revendications des grévistes ne soient contestables. Le service public de la santé constitue une priorité pour nos  » décideurs »? Si le budget est déjà en cours d’exécution, ne peut-on pas le rectifier en procédant par désaffectations et réaffectations?…On le fait parfois pour créer des postes aussi « utiles » que ceux de directeurs-généraux adjoints , on peut aussi le faire pour améliorer le sort des travailleurs de la santé et des destinataires du service….

    Aimé par 1 personne

    1. Non pas que les crédits destinés à un ou deux postes « utiles » permettraient de couvrir les besoins du service public de la santé, mais la meme méthode utilisée pour réaffecter des crédits à ces postes peut etre employée en cours d’exercice au bénéfice du service public de la santé …

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