À Bachar el-Assad et aux imbéciles heureux de la hiérarchisation des horreurs

Monsieur,
Chers frères humains,

Je viens d’un pays où l’État n’a aucun respect pour les citoyens et où la communauté internationale s’est mise en tête de nous sauver de nous-mêmes que nous le voulions ou non.

Je viens d’un pays où l’inquiétude quotidienne fait partie de la vie et où notre piètre qualité de vie nous a valu la place de 140 sur 142, juste avant l’Afghanistan et la République centrafricaine.

Je viens d’un pays où, pour la très grande majorité, le rêve est de fuir notre terre natale quitte à en crever en essayant, quitte à voir nos enfants échouer sans vie sur des plages que nous espérions plus clémentes.

Je suppose que je suis en train de dire que, sur bien des points, #jesuissyrien. Parce que vivre dans un pays au futur incertain, je connais. Parce que voir un despote s’accrocher au pouvoir au détriment de son peuple et avec le soutien de gouvernements étrangers, je connais. Parce que voir les politiques se poser en victimes de l’international et en sauveurs ultime de la nation, je connais.

Mais, surtout, #jesuissyrien parce que #jesuischarlie comme #jesuisparis… parce que je suis un être humain, déçu par des idiots qui, au nom de leur religion, tuent l’humanité. Parce que j’espère, contre tout espoir, qu’une solidarité mondiale réussira à déjouer leur plan macabre de sacrifier l’humanité à leur divinité. Parce que je n’en reviens pas que des imbéciles heureux se lancent sur les réseaux sociaux dans une entreprise de hiérarchisation des horreurs qui vient ajouter à l’horreur des attaques d’hier, l’horreur de la relativisation.

Car voyez-vous, mes chers frères, je viens aussi d’un pays qui, en janvier 2010, suite à la pire catastrophe qu’elle ait jamais connu – et Allah/Yahvé/Dieu/Jéhovah sait qu’elle en connaît régulièrement – a bénéficié du soutien et de la sympathie de milliards de gens partout dans le monde.

Je viens aussi d’un pays où des êtres humains, réduits en esclavage, se sont unis pour réclamer leur humanité des idiots qui avaient cru pouvoir la leur enlever, au nom de leur divinité.

Je viens aussi d’un pays où, en dépit de tout, jamais, au grand jamais, notre chef d’État, en dépit de tout ce que l’on peut lui reprocher, n’oserait, face au malheur d’autres êtres humains, insinuer qu’ils ne font que connaître enfin notre expérience de l’inquiétude constante.

Que l’humanité ait pitié de vos âmes !

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