Au Sénégal, État dont le président arbore deux épouses, la polyandrie est illégale. Dieu, la nature — c’est-à-dire les mâles de l’espèce — ayant décidé, dans leur grande sagesse, que la relation homme-femmes était asymétrique, la polyandrie est formellement interdite dans ce pays fièrement polygame. C’est ainsi que l’article 333 du code pénal sénégalais réprime la bigamie en punissant la femme contractant un second mariage alors qu’elle est déjà engagée par les liens du mariage d’un emprisonneemnt de 6 mois à 1 an assorti d’une amende de 20 000 à 300 000 francs CFA. C’est qu’au Sénégal, seules les femmes sont bigames; les hommes ont deux femmes.

Les arguments évoqués pour justifier cette différence sémantique de taille vont du religieux — Allah autorise l’un et pas l’autre — à l’argument de nature — l’homme pourvoit, les femmes reçoivent — en passant par les questions de filiation — l’une est certaine, l’autre ne l’est pas. Mais, me direz-vous, les tests d’ADN, cette économie, la liberté de pensée… Ousmane Sonko — qui, comme son président, a deux épouses — et les siens n’en ont cure. La question n’est pas d’être cohérent, logique ou en phase avec la réalité. Si, aujourd’hui, il s’est retrouvé devant le Parlement pour présenter une loi visant à interdire des pratiques déjà interdites par l’article 319 du Code pénal sur les « actes contre nature », ce n’est sans doute pas parce qu’il croit que l’homosexualité menace le bien-être des Sénégalais. Comme dans tous les cas de politiques identitaires, l’homme cherche à distraire de la réalité en donnant à parler.

Le Sénégal fait face à une crise de la dette, avec un risque de défaut s’il ne parvient pas à la restructurer. Une situation qui a conduit le Fonds monétaire international à suspendre un financement de 1,8 milliard de dollars, rendu frileux par une réévaluation à la hausse du niveau réel de la dette publique. Or, d’importantes échéances de remboursement d’eurobonds et d’autres dettes extérieures sont arrivées à maturité cette année, et la trésorerie nationale peine à y répondre. Les marchés internationaux ont réagi en restreignant l’accès du Sénégal au financement, qui se retrouve conséquemment avec des coûts d’emprunt accrus.

La note souveraine du Sénégal a été abaissée à des niveaux proches des catégories à risque (« junk » ou « CCC+ »), ce qui est une façon pour les agences de notation financière de dire aux investisseurs d’en rester très loin. En décembre 2025, le premier ministre Sonko s’offrira une parade en faisant adopter l’un des budgets les plus élevés de l’histoire du pays, avec des promesses d’atteindre magiquement les 5 à 6 % de croissance du Sénégal d’avant, alors que le secteur informel achève de fragiliser l’économie, que les retards dans les aides sociales augmentent et que les crises sociales s’intensifient.

Quoi de mieux, dans ce cas-là, que de parler de sexe ? Il appert que c’est vendeur.

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