L’Ambassade américaine s’impatiente. La mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS) arrive incessamment et, parce qu’un Conseil Présidentiel qui n’a toujours pas de contenu fait inutilement durer le plaisir, le Premier Ministre qui doit assurer la Transition n’est pas toujours connu.

Enfin, n’est pas connu, c’est plus une expression. Dans la double centaine de candidats au poste de premier ministre, un médecin se détache du lot. Vous me direz que remplacer le neurochirurgien Ariel Henry par un spécialiste en gynécologie relève presque du pathologique. Je vous répondrai que, au chapitre 4 de sa Sociologie d’une révolution (1966), Frantz Fanon avait des théories intéressantes sur la médecine, le pouvoir, et le colonialisme. Nous pourrions continuer longtemps cette conversation mais les États-Unis s’impatientent et il ne fait pas bon voir l’Oncle perdre patience.

Ancien Chef de Cabinet du Président américain Bill Clinton dans son rôle d’Envoyé Spécial pour Haïti en 2010, ancien Chef de Cabinet de la Fondation Clinton, ainsi que précédemment Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies au Niger et Directeur du Bureau Régional pour l’Afrique au Bureau des Services des Projets des Nations Unies (UNOPS), Représentant du PNUD à la Jamaïque et Directeur régional de l’UNICEF pour l’Amérique latine, Garry Conille est largement perçu comme le choix idéal pour une communauté internationale qui, en Haïti, est dirigée par les États-Unis d’Amérique et légitimée par l’Organisation des Nations Unies. En 2011 déjà, il avait bénéficié de leur soutien pour devenir brièvement le Premier Ministre du président Michel Martelly. Il serait donc imprudent de ne pas envisager que ce tweet puisse constituer un soutien implicite à sa candidature pour le poste de Premier ministre. Après tout, la MMSS, dirigée par le Kenya sous mandat des Nations-Unies, reçoit clairement ses directives directement de Washington, où le président kényan Ruto a été reçu hier en visite d’État avec tous les honneurs, participant à un dîner officiel réunissant des personnalités bien connues de la scène post-séisme, parmi lesquelles l’acteur Sean Penn et, naturellement, les Clinton.

Il reste fort possible que le tweet soit parfaitement neutre et qu’il ne faille guère y voir une manière diplomatique pour les États-Unis de soutenir implicitement la candidature de Garry Conille. Les États-Unis, guidés par le mérite comme toujours, auraient simplement cherché à souligner l’importance de celui-ci ainsi que de l’impartialité dans le processus de sélection. Le timing toutefois important est important et, si ce n’est un rappel à l’ordre, c’est à tout le moins un vigoureux appel du pied. Une indication claire, s’il en est, que le Conseil Présidentiel de Transition a trop traîné et que le Premier Ministre annoncé pour ce week-end ferait mieux d’être connu avant sa fin.

D’autant que le mandat du Premier Ministree a.i prend fin demain.

10 réponses à « L’ambassade américaine rappelle au CPT qu’elle attend de lui qu’il choisisse un technocrate »

  1. […] possibilité de prolongation. Le président Conille pourra demeurer en poste aussi longtemps que ceux qui ont soutenu sa candidature le […]

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  2. […] Il a fait les choses dans les règles. Après avoir été choisi par consensus par un CPT acquis à l’évidence, il a démissionné de son poste de directeur régional à l’UNICEF puis s’est rendu […]

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  3. […] parmi des dizaines voire des centaines d’autres et que sa nomination procède d’un appel du pied d’une subtilité de coup de boutoir de l’Ambassade américaine. Monsieur Conille a […]

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  4. […] leurs fonctions via un tweet de l’ambassade américaine – une confirmation pour l’un, un rappel pour l’autre. Tous deux assistent également aux funérailles de policiers morts en […]

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  5. […] à qui les attribuer ?  Au Blan – lire les États-Unis d’Amérique – qui a fortement suggéré au CPT la nomination de Conille comme Premier ministre de la République […]

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  6. […] La vérité est que le Conseil Présidentiel de Transition manque de crédibilité. Ce n’est un secret pour personne : le CPT ne bénéficie d’aucun soutien populaire. Il a été installé après que des gangs armés ont poussé à la fuite le précédent Premier ministre, un homme qui lui-même avait été imposé après l’assassinat du président Jovenel Moïse. Le seul soutien dont jouit cette administration transitoire est celui de la CARICOM et des États-Unis qui ont désigné le Premier ministre actuel. […]

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  7. […] un Conseil Présidentiel de Transition de facto et sans contenu, et un fonctionnaire international parachuté Premier ministre n’allaient jamais être la solution. Un tel attelage ne pouvait plausiblement prétendre nous […]

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  8. […] avant que l’ambassade américaine ne rappelle au Conseil Présidentiel de Transition (CPT) que le choix du Premier ministre était déjà acté, témoigne encore une fois de combien les décisions importantes pour Haïti se prennent en dehors […]

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  9. […] Avec sa récente déclaration, Garry Conille se positionne désormais ouvertement dans l’opposition au Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Sa lettre adressée aux Presses Nationales, dans laquelle il contestait la légitimité de sa destitution, a été tout simplement ignorée. La résolution du CPT a été publiée malgré ses objections, confirmant la nomination d’Alix Didier Fils-Aimé comme nouveau Premier ministre. Dans la logique du régime actuel, où les décisions se prennent en marge de toute légalité, Fils-Aimé succède ainsi à Conille – nommé lui aussi en dehors de toute orthodoxie constitutionnelle. […]

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  10. […] imposé en dehors des règles et révoqué sans cérémonie, n’aura été qu’un outil temporaire au service d’intérêts […]

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