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La pandémie qui aurait pu ne pas être

Le 14 janvier 2020, l’annonce de l’Organisation Mondiale de la Santé est claire. L’enquête préliminaire des autorités chinoises n’a trouvé aucune instance de transmission du nouveau coronavirus (2019-nCoV) dun humain à un autre.

Autrement dit, nous n’avons pas à nous inquiéter. À moins d’entrer directement en contact avec un animal porteur – pangolin ou chauve-souris – nous n’avons rien à craindre. Naturellement, il n’en était rien. 11 jours plus tôt, le 3 janvier 2020, le Dr Li Wenliang était placé en garde à vue pour avoir “perturbé l’ordre social”. Son crime : Il avait alerté ses collègues sur un rapport troublant : celui de la Dresse Ai Fen qui venait d’établir une transmission de personne à personne de ce nouveau virus qui ressemblait au SARS-CoV. Le rapport devint viral, la police s’en mêla. Dr Li, accusé d’avoir fait de faux commentaires sur Internet, fut dût signer une lettre d’avertissement lui demandant de cesser de “répandre des rumeurs sur le SRAS”.

Lettre d’avertissement émise par le département de police de Wuhan ordonnant à Li Wenliang de cesser de « répandre des rumeurs sur le SRAS, » signée par Li Wenliang et deux officiers (3 janvier 2020). Li Wenliang l’a téléversée sur son compte Sina Weibo. (Wikipedia)

Au 8 janvier, Li contractait le virus. Au 12, il était hospitalisé. Des collègues et membres de sa famille suivront mais au 14, la Chine mentait effrontément. La Chine a menti. Des gens sont morts. La Chine a menti parce que c’est ce que les régimes autoritaires font, protéger leur pouvoir. Des gens sont morts parce que la mort des gens n’est jamais que peu de chose face comparée à l’ego d’un dirigeant autoritaire.

Une chronologie (en anglais) de la réponse chinoise au 2019-nCoV est disponible sur le site du journal en ligne Axios. Elle va du premier cas connu (10 décembre 2019) à la fermeture complète de Wuhan à l’extérieur (24 janvier 2020). D’une date à l’autre, les efforts d’une administration chinoise déterminée à ne pas laisser sortir la nouvelle d’une nouvelle épidémie de coronavirus en provenance de ses fameux wet markets qu’elle avait rouvert, nous l’avons vu, en moins d’un an et sans régulation aucune, alors qu’elle s’était engagée auprès de la communauté mondiale à faire le nécessaire.

La Chine n’était pas pourtant prise complètement au dépourvu – en tout cas, elle n’aurait pas dû l’être – Il y a avait eu 2002 et le premier SARS-CoV. C’était une autre époque. Le début de règne de Hu Jintao qui, alors que l’administration chinoise faisait ce qu’elle faisait le mieux et tentait d’enterrer l’affaire, exigea d’arrêter de cacher la vérité et se révoqua des membres influents du Parti dont un perçu jusqu’ici comme un favori. C’était aussi l’époque où, les États-Unis d’Amérique, même affublé de Bush le Petit, n’étaient pas encore dans le trip solitaire de Donald Trump et son Amérique d’abord. Les États-Unis aidèrent la Chine à coordonner sa réponse, l’épidémie fut circonscrite et Hu Jintao en sortit grandi et fort.

Sous le règne impérial de Xi Jinping, l’on accuse un ennemi extérieur d’avoir amené le virus en Chine dont il est originaire, on avance des chiffres douteux, on se projette grand gestionnaire du coronavirus. Car, il ne faut pas s’y tromper. Cette manie des autorités chinoises de cacher la vérité a contribué à cette situation d’arrêt dans laquelle se trouve le monde entier. Une étude médicale – à publier et appuyée par des experts – suggère que si notre panoplie d’interventions non pharmaceutiques contre le virus- #RetLakay #KanpeLwen #LaveMen #PaManyenFigi epi #YounVeyeSouLòt – avait pu être mise en place une semaine, deux semaines, trois semaines plus tôt – soit le temps passé par le gouvernement chinois à arrêter et menacer des lanceurs d’alerte et à mentir à tout le monde, y compris l’OMS – les cas d’infections auraient pu être réduits de 66%, 86% et 95%, respectivement. Mais la réputation du Parti était plus importante que la vie des gens.

Les gouvernements autoritaires, tous autant qu’ils sont, sont dangereux. Tous. Sans exception. C’est dans la nature de la bête. Sa préservation dépend de sa capacité à faire peur et à faire mal. Au point d’être un automatisme. Même face à un virus qu’on aurait pu contenir. Quitte à nous donner une pandémie mondiale qui aurait pu ne pas être.

Patricia Camilien Tout afficher

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