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Chris Osman

Chris Osman ne revient toujours pas de son aventure haïtienne. Il y a un peu moins de deux semaines, celui qui refuse le terme de « mercenaire » dont on l’aura gratifié – il se voit plus comme un butler avec une arme – a été l’invité du podcast Mike Drop de Mike Ritland pour raconter sa mésaventure d’Américain emprisonné dans un « shithole country« .

L’entrevue dans sa totalité est disponible sur YouTube et vaut le détour. Elle est plutôt longue – 102 minutes et 41 secondes – mais hormis son côté parfois ethnocentrique et limite raciste, Chris est plutôt drôle comme invité. Il offre des descriptions vives de tous les lieux visités: stations d’essence, commissariat, prison, aéroport … Des descriptions si évocratices qu’on a l’impresion d’y être: un vrai lodyanseur.

Entrevue du « mercenaire » Chris Osman sur son aventure haïtienne

Sa première nuit en prison l’a marquée, c’est évident. Il raconte le lit en béton. Les prisonniers entassés à dizaines dans un 20 mètres carrés. Le noir complet dans la cellule. Le sol couvert de gens. L’odeur pestilentielle. Lui, l’étranger, qui « ne voit que des yeux briller dans le noir » et qui ne sait trop s’il doit avoir peur. La fatigue finit par avoir raison de ses craintes, il s’enroule en boule et s’endort.

Le lendemain matin est tout aussi fascinant. Les WC qu’il faut chasser avec de l’eau placée dans un seau. Le papier toilette qu’il faut déposer à côté pour éviter de boucher les canalisations. Les mouches qui virevoltent et chantent sur la pile.

A entendre « Chris », l’histoire est d’une banalité déconcertante. Lorsque l’offre de Patriot Group Services – le groupe de Dustin Porte – arrive, il dit immédiatement oui. Dix jours de travail à 1000 dollars, à « protéger » des gens riches et leurs enfants qu’ils veulent faire quitter le pays, c’est le genre d’offres qu’on ne refuse pas. De l’argent pour la famille, vite fait, sans trop de soucis. La moitié est payée d’avance. Le reste le sera au retour. Chris avertit sa femme, refait son passeport – qu’il avait perdu le même jour, ce devrait être un signe – et prend un avion commercial, direction Haïti.

A son arrivée, il n’est pas très impressionné. Le Président Trump a raison, c’est un shithole. Un peu comme la Somalie en fait. Et voilà qu’il se fait arrêter et qu’on l’accuse de vouloir assassiner le Premier Ministre haïtien.

Il aurait dû se douter que ce voyage allait mal finir. Ils sont accueillis à l’aéroport comme prévu par Fritz Jean-Louis, qui se charge des formalités administratives, s’installent à l’hôtel sans problème, mais, arrivé chez le client, derrière ses murs de 15 pieds de haut, Chris et les autres apprennent qu’il ne s’agit plus de conduire des enfants à l’aéroport mais d’accompagner quelqu’un pour signer un contrat à la Banque. Ils ne rencontreront plus le Président de la République, non plus. Le plan a changé.

Le changement de plan est accepté aisément. Il y a dix mille dollars à la clé et jouer au garde du corps pour des enfants ou un adulte, ce n’est pas bien différent. Du reste, Dustin fait des aller-retour en Haïti depuis 6 ans et a souvent été à la Banque; l’équipe ne s’inquiète pas outre mesure.

Bien installés dans la voiture de Jean-Louis, ils apprécient le paysage. Chris prend des selfies qu’il envoie à sa femme – qui l’accompagne pour l’entrevue – et demande à leurs chauffeurs, Michael Estera, le seul à parler créole, d’expliquer ce qu’il ne comprend pas. Devant la BRH, un gardien les arrête. Estera essaie d’expliquer, mais le gardien n’ayant pas été préalablement informé de la visite, appelle du renfort.

Des agents de la police haïtienne arrivent. Pendant deux heures, ils échangent des plaisanteries. On essaie de trouver le boss qui doit appeler le boss, sans grand succès. Entre temps, d’autres agents arrivent. L’équipe est assise calmement et attend. Puis, sans donner de raison, leur chef de mission, Mike Phillips, monte dans une voiture et s’en va. Les agents de police commencent à devenir nerveux. La foule des badauds grossit.

Un chef de police débarque, hurlant ses ordres. Les agents sortent de leurs voitures et hurlent à leur tour, armes à la main. Ils débarrassent nos « mercenaires » de leurs armes – celles qui étaient visibles dans la voiture, sans autrement se préoccuper des celles qu’ils portaient sur eux.

Un officiel du gouvernement – un gars en costume qui semble avoir été tiré d’une soirée et en être proprement irrité – prend le chef de police à côté et lui demande de les arrêter.

Voilà Chris et les siens menottés, transférés à un poste de police et attachés au mur. C’est alors qu’arrivent les médias. Les photos qui circulent. Twitter qui s’enflamme. Tout cela, il le saura après. Il n’a plus son téléphone, ni d’ailleurs son portefeuille. Le plus pressant est de dormir. Ce qu’il fera, une fois dans sa cellule.

Le lendemain, les gens du Consulat arrivent, leur expliquent la procédure: l’ambassade ne peut rien faire, ne peut pas intervenir; elle ne peut que s’assurer qu’ils sont bien traités et que leurs droits sont respectés. Scott [le nom n’est pas donné] leur explique toutefois que l’ambassade pense qu’ils sont en train d’être utilisés dans un jeu politique.

Le Ministre de la Justice et de la Sécurité publique – Chris Osman en parle comme du chef de la sécurité nationale – intervient et demande qu’on les libère. Mais la Police Nationale d’Haïti n’obtempère pas. Ils répondent au CSPJ et donc au Premier Ministre qui … se trouvait sur CNN à déclarer que les « mercenaires » étaient des terroristes engagés pour l’éliminer.

C’est à partir de ce moment – d’après Chris – que l’ambassade va se résoudre à agir. Au 4ème jour, ils sont amenés à une petite station de police proche de l’ambassade dont les cellules sont dans l’arrière-cour. Un gars arrive et leur dit de faire silence, de le suivre et de sauter dans la voiture.

La voiture c’est un utilitaire diplomatique qui les emporte vers la liberté. L’ambassade leur remet leurs billets et les voilà en route pour l’aéroport.

A l’aéroport, des gens les filment. Chris sait qu’il va encore se retrouver sur Twitter mais il s’en fiche, il rentre chez lui.

L’avion arrive à Miami. Le pilote demande aux autres d’attendre que les « passagers spéciaux » sortent avant de se déplacer. Ils sont escortés, menottés, vers les magnifiques cellules de la Sécurité intérieure, mais ce sont des menottes américaines, des cellules américaines et on leur a déjà dit qu’ils seront bientôt libres de rentrer chez eux.

Les voilà sauvés!


Patricia Camilien Tout afficher

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