Joseph, époux de Marie (Mathieu 1:16) n’est mentionné que deux fois dans la Bible. Dans l’évangile de Matthieu, au chapitre 1, du verset 16 au 25, nous apprenons que le pauvre, initialement troublé par le fait que sa fiancée était enceinte et non par ses oeuvres, a reçu la visite de l’ange du Seigneur, venu lui expliquer que l’enfant que portait Marie était celui de Dieu, par l’entremise du Saint-Esprit.
Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint Esprit; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.
Matthieu 1:20-21
Joseph, homme juste, cherchait comment discrètement quitter Marie, sans la diffamer. Après la visite de l’ange, il accepta de prendre sa femme avec lui et, c’est important, « ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus ».
Pendant sa grossesse, Marie, mère de Dieu, se trouve donc être la femme de Joseph de nom alors que son corps appartient au fruit de son commerce avec un esprit. À peu de choses près, c’est l’histoire de Dona Flor et ses deux maris, ce roman brésilien fantastique écrit par Jorge Amado en 1966 et merveilleusement adapté dix ans plus tard au cinéma par Bruno Barreto à qui il vaudra l’Oscar du meilleur film international. Dona Flor, femme jeune et belle épouse un mari charismatique, irresponsable – mais je me répète – passionné par la vie nocture. L’inconscient meurt d’une crise cardiaque et sa veuve se remarie avec le Dr Tedoro, pharmacien respecté et stable, à l’opposé de Vadinho dont l’esprit, naturellement, revient hanter la malheureuse.
Le nouveau mariage est heureux mais sans passion ni excitation. Et voilà que l’esprit de Vadinho, visible uniquement pour elle, lui rappelle les souvenirs envoutants de son passé et complique sa relation avec son mari. Déchirée entre la passion et l’affection, elle finit par faire son deuil, conjurer l’esprit de Vadinho et l’envoyer dans l’au-delà, pour se conscarer pleine et entière à son Teodoro et trouver paix, sérénité et satisfaction.
Dona Flor avait un énorme avantage. Elle n’avait pas d’enfant. Elle n’avait pas un Jésus, enfant désiré, pour lui rappeler constamment l’Esprit Saint par qui son fils lui était venu. En réalité, Joseph n’a jamais eu aucune chance. Lorsque nous le retrouvons pour la deuxième fois, dans Luc 2:41-51, il est dans le temple de Jérusalem accompagnant Jésus, qui avait alors 12 ans et qui disparut trois jours durant pour s’occuper des affaires de son Père (v. 49). L’histoire nous dit qu’il est retourné avec eux à Nazareth et leur était soumis. Jésus deviendra même charpentier comme Joseph, mais Marie, sa mère, n’avait rien oublié et « gardait toutes ces choses dans son cœur » (v.51).
Joseph et elle eurent bien des enfants – les évangiles de Matthieu 12:46; Luc 8:19 et Marc 3:31 parlent d’une visite de sa mère, ses frères et sœurs venus « le ramener de force avec eux », le croyant « devenu fou » (Marc 3:21). Dans Matthieu 13:55, nous avons des noms. Une foule sceptique se questionne :
N’est-il pas le fils du charpentier ? N’est-il pas le fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joseph, de Simon et de Jude ! Ses sœurs ne vivent-elles pas toutes parmi nous ?
Matthieu 13:55-56
La foule n’est pas seule à avoir des doutes. Les frères de Jésus non plus ne croient pas en lui (Jean 7:5), mais cela ne les empêcha pas de l’encourager à « [se] rendre en Judée pour que, là aussi, [s]es disciples puissent voir les œuvres qu[‘il] accompli[t] », se faire connaître et « fai[re] en sorte que tout le monde voie » les grandes choses qu’il accomplissait (7:4). Marie, par contre, a toujours cru. Elle gardait, dites-le avec moi, « toutes ces choses dans son cœur ».
Après la mort de Jésus, nous la retrouvons, avec ses enfants, priant avec les disciples de Jésus (Actes 1.14). de Joseph, aucune trace. Il n’a jamais eu aucune chance.
Vadinho incarnait l’énergie, la sensualité et l’enchantement, mais il était également un joueur invétéré qui dilapidait les finances du ménage. Sa propension à faire la fête, son amour pour les carnavals, les danses et les célébrations mettaient constamment en péril la stabilité financière de son foyer. Lorsque Dona Flor se remémorait les moments passés avec lui, les tensions liées aux difficultés financières causées par les divertissements imprudents de Vadinho ressurgissaient. Pour ne rien arranger, Vadinho est décédé pendant le carnaval, une circonstance qui ne facilite pas l’oubli de ses défauts et qui a sans aucun doute contribué à la résolution du dilemme. La Vierge Marie, elle, avait un ange et la Sainte Trinité: êtres parfaits.
Les histoires de Dona Flor et de la Vierge Marie offrent des perspectives uniques sur la complexité des relations humaines, notamment sur les mariages motivés davantage par la raison que par la passion; que le choix soit entre la passion et la stabilité, ou entre les attentes sociales et les aspirations individuelles. Les deux jeunes femmes étaient mariées à des hommes plus âgés, sobres et ternes. Dona Flor, après la tornade Vadinho, recherchait la stabilité avec le Dr. Teodoro; la Vierge Marie, elle suivait la volonté de Dieu.
Dona Flor était déchirée entre la passion passée avec Vadinho et la stabilité présente avec le Dr. Teodoro; la Vierge Marie devait composer avec la nature divine de la conception de Jésus et son rôle de mère. Malgré les défis, les deux femmes ont finalement trouvé le bonheur dans des circonstances complexes et sont parvenues à rester fidèles à leurs engagements. Peut-être que c’est précisément ce que Teodoro et Joseph avaient toujours souhaité.
J’ai un lien personnel avec le roman Dona flor e seus dois maridos et donc un grand merci à la personne qui a proposé de parler de l’effacement de Joseph, « symbole de la responsabilité personnelle », dans la vie de Jésus, malgré le fait qu’il l’ait « protégé de puis le ventre de sa mère … et lui a même montré un métier ».
Dimanche prochain, nous continuons à explorer des classiques de la littérature mondiale en prenant la bible comme prétexte, pour notre étude biblique d’un autre genre. Comme d’habitude, le lien pour vos suggestions est ici: https://ngl.link/laloidemabouche





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