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Celle par qui le scandale est arrivé

Au mois de mars 2021, Twitter s’enflamme avec un nouvel hashtag pour dénoncer l’arrestation d’un jeune opposant à un vieux dinosaure. Le hashtag #FreeSenegal se répand comme une traînée de poudre et fait même des émules… jusqu’en Haïti où il deviendra énième opération pour déloger Jovenel Moïse.

Au mois de mars 2021, mois des femmes, la jeune femme au cœur de l’arrestation est vilipendée, humiliée puis vite oubliée. Elle avait accusé le candidat des jeunes de l’avoir violée – elle mentait certainement. L’on se moqua d’elle, l’on recommanda aux politiques de la révolution de se faire masser chez eux, on lui fit aussi – naturellement – des menaces de mort.

Adji Sarr – c’est son nom – a 20 ans. Elle est masseuse dans un salon – Sweet Beauté – fréquenté par l’opposant Ousmane Sonko pour soulager, dit-il, ses maux de dos. Dans la nuit du 2 au 3 février 2021, elle déposa une plainte contre le député Sonko pour viols répétés – 4 fois dont la dernière la nuit même de la plainte – et menaces – avec des armes. Le 9 février, une procédure est entamée au Parlement et se termine le 26 février par la levée de l’immunité parlementaire de Monsieur Sonko – votée à 98 pour, 2 contre et 2 abstentions – “pour permettre à la justice de poser les actes, conduire les procédures et appliquer les dispositions de la loi pour aboutir à la manifestation de la vérité”.

Ousmane Sonko a 46 ans. Il est le président du parti Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité. Inspecteur fiscal et syndicaliste, ses critiques du gouvernement lui ont valu d’être radié en 2016 pour son manque de réserve et propulsé sur le devant de la scène politique. En 2017, il devient député. 2019, le retrouve candidat à la présidence et désormais en bonne place pour la présidentielle de 2024. Pour lui, l’affaire Sweet Beauté est une “tentative de liquidation politique” manigancée par le Président de la République – Macky Sall – pour éliminer un rival.

Depuis l’arrestation de Sonko et les violentes protestations qui suivirent, Adji Sarr a dû se cacher. À la mi-avril, elle s’est toutefois adressée aux médias pour redonner sa version de l’histoire et porter une nouvelle plainte contre une série cette fois, parce que, entre temps, l’on eût la belle idée de faire une série télévisée – Thiey Adji Sarr – où une arnaqueuse et manipulatrice malmène les hommes en exerçant du chantage contre eux. La série diffusée pour le ramadan – et donc avec des records d’audience pratiquement garantis – enrage les féministes sénégalaises ainsi que l’avocat de Mme Sarr qui y voit – avec raison, sans doute – une tentative de décrédibiliser sa cliente. La série sera rebaptisée Baline Coumba avant d’être totalement retirée de la diffusion.

En tout cas, c’est ce que je croyais. Ce matin, en discutant avec un ami, j’ai appris que la série continue d’exister sur YouTube où les deux premiers épisodes avaient déjà été publiés… et me voilà encore plus fatiguée.

Patricia Camilien Tout afficher

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