Au mois de décembre 2026, la Tanzanie accueillera les World Travel Awards marquant la première fois qu’un pays africain accueillera les Oscars du voyage consacrant les meilleurs opérateurs de l’industrie. En ce mois de mars, à l’Internationale Tourismus-Börse (ITB) Berlin, les précédents et futurs gagnants ont été invités à se prêter au jeu des relations publiques via de courtes vidéos réputées à fort impact. Non loin, dans un stand de la Pacific Area Travel Writer Association (PATWA), on s’apprête à récompenser des leaders de l’aviation caraïbéenne parce que c’est parfaitement logique.
De nombreux prix internationaux ont la réputation d’être transactionnels : un modèle pay-to-play où l’on se rend en Europe recevoir une récompense dans un élan de branding personnel ou de diplomatie d’entreprise. Un prix de meilleure ligne aérienne reçu dans un salon à Berlin, temple mondial du tourisme, permet de signaler aux investisseurs comme aux autorités locales que l’on jouit d’une validation internationale, même si elle vient d’une association du Pacifique qui décerne des prix pour les régions Afrique, Europe et Caraïbes.
Cette année, c’est à Philippe Bayard (Excellence en leadership) et à Sunrise Airways (Meilleure ligne aérienne pour la région Caraïbe) que revient l’honneur de se vanter d’un sacre berlinois, avec le diplôme et la photo qui l’accompagnent. Un honneur d’autant plus rare que Sunrise n’apparaît dans aucun des classements mondiaux de référence et affiche une moyenne de 2/5 sur TripAdvisor, avec des critiques aussi détaillées que négatives sur des changements de vols incessants, une gestion abysmale des bagages et un service client « grossier et non professionnel ». La gestion des remboursements est un autre point récurrent, que connaît bien l’auteure de ces lignes, à qui Sunrise doit trois billets d’avion que la compagnie promet régulièrement de rembourser depuis près de deux ans.
Faudrait-il donc nous réjouir, avec Juno 7, qu’« un entrepreneur haïtien remporte deux grands prix internationaux à Berlin » ? Sunrise a réussi à survivre dans un contexte de crise sécuritaire aiguë, où son monopole de fait est confronté à des suspensions régulières de ses vols à la suite de tirs sur ses avions. Et même s’il y a un peu — beaucoup — de pay-to-play là-dedans, cela mérite une petite récompense à placer bien en évidence dans son bureau à Pétion-Ville.




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