L’Évangile selon Matthieu, au verset 6 du chapitre 19, met en garde contre toute intervention humaine visant à séparer ce que Dieu a uni : l’homme et la femme, créés par Dieu au commencement (19:4), l’homme et sa femme pour qui il a quitté ses parents (19:5), l’homme et la femme devenus une seule chair (19:6). Cette chair unique pour certains a son expression dans le coït, mais, et c’est le curé – via madame ma mère – qui l’a expliqué à l’Église, elle prend tout son sens que dans le fait de vivre par l’autre pour l’autre avec l’autre, de l’aimer autant que l’on s’aime parce qu’il/elle est nous et nous lui/elle.
Cette union conjugale est d’une importance si grande et si profonde que, pour ne s’être jamais marié, le Christ n’en appelle pas moins à respecter sa permanence et sa sanctité. Même si, toujours d’après Lui, le mariage est affaire des enfants de ce siècle et « ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris » (Luc 20:24-35), sans doute parce qu’il leur a été donné de comprendre qu’il n’est pas avantageux de se marier (Matthieu 19:10-12).
Dans L’Autre moitié du Soleil (Chimamanda Nigzi Agochie, 2007), Olanna et Odenigbo, un couple nigérian à l’époque de la guerre du Biafra, incarnent la persistance de l’amour et de l’unité dans l’adversité. Profondément amoureux l’un de l’autre, ils trouvent dans l’engagement dans le mariage la force de surmonter les réalités complexes de la guerre, des relations humaines et, disons-le, de la condition matrimoniale. Grâce à un respect et une admiration mutuels, et au partage de valeurs et convictions politiques similaires, ils se soutiennent dans l’adversité, traversent ensemble les moments difficiles, et d’épreuves en épreuves, voient leurs liens renforcés.
Olanna et Odenigbo ont une fille, Baby, qu’ils s’efforcent de protéger des circonstances tumultueuses de leur vie en période de conflit. Pour rester connectés, ils apprennent à communiquer et à exprimer leurs émotions, et s’efforcent de construire, malgré tout, une famille, un avenir, ensemble. Ils s’accrochent à l’espoir d’une vie épanouissante et heureuse grâce à leur engagement envers l’éducation, le progrès social et leur relation personnelle. À la fin du roman, Odenigbo sombre dans l’alcoolisme et la dépression. Olanna continue à s’accrocher à son engagement envers sa famille et son amour pour son mari pour reconstruire, avec lui, ce qui a été détruit pendant la guerre.
Pourtant, Olanna et Odenigbo sont plutôt les chanceux de l’histoire. Leur engagement commun pour la cause du Biafra et leur aspiration à construire un avenir ensemble leur a permis de rester attachés l’un à l’autre, même en devant s’adapter aux réalités changeantes de leur environnement. Ce qui n’a pas été le cas d’Ifemelu et Obinze (Americanah, 2013), autre couple nigérian adochien, se connaissant depuis le lycée et s’aimant profondément mais dont la relation n’a pas survécu en raison de l’absence de projet commun. Lycéens, ils partageaient le rêve d’étudier et de réussir à l’étranger. Ifemelu s’installe aux États-Unis ; Obinze au Royaume-Uni. La séparation physique et leurs différentes expériences d’immigration créent progressivement entre eux une distance insurmontable. Plus tard dans le roman, ils finissent par se retrouver mais, parfois, l’amour, même le plus profond, ne suffit pas. Obinze est marié et a fondé une famille. La possibilité d’une reconnexion est là mais personne ne devant séparer ce que Dieu a uni …
Certes, il se peut que ce soient les personnages d’Adichie qui sont misérables, sans plus, mais l’histoire littéraire est faite de couples maudits dont le plus célèbre, Roméo et Juliette, se termine par un double-suicide. Devons-nous donc, comme Paul, penser « qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher de femme » (1 Corinthiens 7:1), ou vaut-il mieux nous fier aux Proverbes, pour qui « celui qui trouve une femme trouve le bonheur ; c’est une grâce qu’il obtient de l’Éternel » (18:22) ? Possiblement les deux. Jésus n’explique-t-il pas qu’il y a « des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux » ? Certains d’entre nous ne sommes pas faits pour le mariage, d’autres sont restés célibataires par la faute des hommes, et une troisième catégorie ne se marie pas parce qu’ils ont trouvé une cause plus importante. Les trois sont valides.
Dans le livre de la Genèse (2:18-24), Dieu se dit : « Pour l’homme, ce n’est pas bon d’être seul. Je vais lui faire une aide qui lui convienne parfaitement. » et commence par lui créer des animaux qu’il lui amène pour les nommer. C’est l’homme qui demande une femme et non Dieu qui le lui propose. Il voulait la chair de sa chair ; il l’a eue. Mais c’était SON choix. « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair ». L’homme a voulu une femme pour être complet, devenir UN. Une unité qu’il ne faut pas séparer parce que, ainsi que le montre le mythe de l’androgyne, les moitiés séparées sont misérables.
Mais pas les ennuques. Elleux, s’en sortent parfaitement seuls.
PS: La suggestion pour le billet d’aujourd’hui était double : “Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas !”.(Matthieu 19, 6) et « Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. » 1 Corinthiens 11:3. Le second verset me semble avoir été traité, bien avant ces études d’un genre particulier, dans Et la misogynie se fit Dieu, j’ai donc décidé de me concentrer sur le premier.
Comme d’habitude, le lien pour vos suggestions anonymes est ici: https://ngl.link/laloidemabouche





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