Comme vous le savez, Me Salim Succar, qui se présente comme la victime de la vengeance d’une femme d’affaires éconduite, s’était engagé à défendre son nom et son honneur en exigeant du Canada des preuves des accusations portées contre lui pour justifier les sanctions canadiennes à son égard. À l’époque, le maître n’en revenait pas. Lui, qui est connu, a une réputation et même un pedigree, subissait une mort civile par la faute de l’ami de son ancienne amie et dans la plus totale injustice. Il n’allait pas laisser cela passer. Le Canada devra réparer. L’essentiel de l’affaire est résumé dans la vidéo ci-dessous.

Aujourd’hui, Me Succar a publié la réponse du Canada qui l’invite à bien prendre en compte ses compagnons de liste, à savoir un Premier ministre et un président dont il a dirigé les cabinets et à qui sont reprochés les mêmes faits.

Modus Tollens ! conclut l’avocat. Pour celleux d’entre vous peu férus de logique, il s’agit de la forme courte de l’expression latine modus tollendo tollens. Littéralement, cela signifie « mode qui, en niant, nie ». Mathématiquement, si une proposition est vraie alors sa contraposée l’est également : P->Q,¬Q ∴ ¬P. En langage humain, si les patrons de Salim Succar ne sont pas innocents, alors Salim Succar ne l’est pas non plus. Pour sortir de cette liste, Me Succar devra donc prouver l’innocence de ses anciens employeurs. Un vaste programme quand on sait que l’un d’entre eux erre de par le monde, chassé de son foyer floridien, tandis que l’autre est au cœur d’une enquête sur le magnicide de son dauphin. Heureusement, le maître a un pedigree.

Les sieurs Lamothe et Martelly sont sanctionnés pour avoir financé des gangs. Ils sont nommément accusés d’avoir « participé à des violations flagrantes et systématiques des droits de la personne en Haïti et d’avoir mené des actions mettant en péril la paix, la sécurité et la stabilité de ce pays ». Ces mêmes termes sont repris par Affaires mondiales Canada pour leur ancien directeur de cabinet adjoint et directeur de cabinet, un certain Salim Succar. Ce sont là, pour le Canada, des « motifs raisonnables » que le maître devra réfuter.

La tâche ne sera pas facile. Alors que l’ancien Premier ministre Lamothe s’apprêtait à contester les sanctions injustes du Canada, les États-Unis ont poussé l’injustice jusqu’à le contraindre à quitter sa maison familiale à Miami, l’accusant d’avoir détourné 60 millions de dollars des fonds PetroCaribe. Pour aggraver la situation, la République dominicaine l’a également ajouté à sa liste et, avec sa malchance, il risque d’être inscrit sur la liste de l’ONU si le comité des sanctions décide d’ajouter quelques compagnons à Jimmy « Barbecue » Cherizier, qui doit s’y sentir bien seul. la situation de l’ancien président Martelly n’est pas meilleure. Le rapport des experts de l’ONU en fait le financier de gangs puissants terrorisant la population depuis des années. Il est réputé être impliqué dans des affaires de drogue, de meurtre et autres crimes graves. Et puis, bien sûr, il y a les milliards de l’affaire PetroCaribe.

Me Succar aura donc fort à faire pour préparer sa demande de radiation de la liste des sanctionnés. En sus d’ éclaircir ses propres scandales – notamment une histoire de commandes de fusils de marque Galil – il devra, à défaut de pouvoir défendre ses anciens patrons, établir son ignorance totale de leurs actions lui qui a dirigé les cabinets de l’un puis de l’autre.

Un chef de cabinet d’un chef d’État ou d’un gouvernement est un haut fonctionnaire chargé de superviser les opérations et la gestion quotidienne du bureau de son chef. Il assure une organisation fluide et efficace en offrant un soutien stratégique et opérationnel pour les décisions politiques et les activités gouvernementales. C’est un chef d’orchestre qui gère le quotidien, coordonne les équipes, fournit des conseils, gère les crises et sert de liaison politique entre son chef et les autres acteurs politiques. Un chef de cabinet adjoint d’un président criminel qui a été promu chef de cabinet d’un premier ministre criminel tout en ignorant tout des actions de ses chefs devrait être particulièrement naïf et incompétent.

La chose est peu probable et entre en contradiction avec la grande réputation et le pedigree, mais c’est une défense comme une autre que d’autres avocats devenus hauts fonctionnaires sont en train d’expérimenter actuellement, et pas n’importe lequel : Éric Dupond-Moretti, le garde des Sceaux français. Le ministre de la justice français est en train d’offrir une masterclasse en incompétence stratégique, à faire pâlir d’envie ceux qui évitent les tâches domestiques dans leur vie personnelle, allant jusqu’à ignorer même les noms de leurs enfants. Et il semble que ce soit en passe de fonctionner. Me Succar pourrait également l’essayer. Pourquoi pas ?

3 réponses à « Le Canada répond à Salim Succar : Dis-moi qui tu fréquentes »

  1. […] Stéphanie Mondestin, que la rumeur présente comme la concubine et la mère d’un des enfants de Claude Joseph, n’est pas la seule personne proche du chef du parti politique EDE à être impliquée dans cette affaire. En effet, l’ancien directeur général de l’ONA, Jemley Jean-Baptiste, nommé par Claude Joseph, est également impliqué, de même que son frère Peterson Juste, qui est attendu au Parquet de Port-au-Prince ce lundi. Bien que la responsabilité pénale soit personnelle, il est indéniable que les relations et les fréquentations peuvent avoir des conséquences, comme nous l’avons constaté récemment. […]

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  2. […] des politiques – tels Lambert ou Latortue – des soutiens de politiques – tels Succar ou Apaid – ou des soutiens de politiques devenus politiques – tels Laurent Lamothe […]

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  3. […] Leur utilité est symbolique. Certes, certaines figures attachées à leur standing international ont tenté (et tentent encore) de se faire enlever de la liste. Mais Hérard, Joseph et Larose n’ont ni […]

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