Pour que l’État puisse être réconforté*

Habemus senatoribus. Hier au soir, après des semaines passées à crier à qui voulait l’entendre ses doutes quant à leur qualité d’élus,  le « Président du Sénat » a décidé de permettre la validation des pouvoirs des sénateurs issus des événements du 9 août et du 25 octobre 2015. Il le fallait, nous explique-t-il, par respect pour les institutions de ce pays. Les institutions de ce pays lui sont reconnaissantes. Jamais elles ne se sont senties aussi respectées.

Cette validation des pouvoirs des nouveaux sénateurs suit celle, en mode ninja, des nouveaux députés qui ont ainsi brillamment déjoué les manifestations planifiées par l’opposition pour protester contre leur investiture. La cinquantième législature démarre donc, de la belle et bonne façon, dans la confusion générale. Elle sera, nous assurent nos nouveaux chefs, celle de la rupture. Adieu, va !

En attendant, le Conseil Électoral Provisoire met les bouchées doubles pour nous donner un Président le 7 février 2016. Pour ce « troisième tour », le CEP promet de corriger encore une fois ses cahiers alors que la femme de son Président aux multiples bureaux sort de son mutisme volontairement imposé pour partager ses inquiétudes de journaliste engagée face à l’entêtement de l’organisation présidée par son mari qui marche « adelante » vers des élections à la douteuse légitimité.

Dans moins d’un mois donc, toutes nos institutions seront proprement réconfortées et nos peines et nos faiblesses ne seront plus qu’un souvenir du passé. L’État haïtien, placé en incubation, va finalement renaître, grâce à l’entêtement salutaire de nos meilleurs. Le peuple haïtien, incapable de savoir ce qui est bon pour lui, pourra enfin goûter aux grandes douceurs de la démocratie. Adieu les douleurs. Place au réconfort. Notre Haïti à tous sera finalement différente.

C’est le Core Group et, avec lui, l’ensemble de la communauté internationale qui doivent être contents. Ils ont exigé, menacé, tempêté … et voilà que leurs élections vont avoir lieu dans 12 jours. Certains, dont le  candidat réfractaire, refusent de jouer le jeu. D’autres réclament l’annulation pure et simple des élections ou invitent à ne pas avoir peur de la transition. Mais qu’à cela ne tienne. Le candidat à la présidentielle continue de faire campagne. Il nous a ouvert sa bananeraie. Il n’y aura pas de route par bois. Les élections auront lieu. Avec ou sans le peuple haïtien. C’est son choix.


* La formule est du Sénateur Andris Riché qui a été, à partir de janvier 2015 et en qualité de Doyen (d’âge), Président de ce qui restait du Sénat en attendant l’élection d’un nouveau bureau.

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