Le déchoucage n’est pas fini

J’ai de mauvaises nouvelles. Les événements des 6 et 7 juillet 2018 n’étaient qu’un aperçu, un avant-goût, une préfiguration de ce qui nous attend. Ces pneus enflammés, ces routes bloquées, ces magasins pillés … sont des éléments d’un teaser nous invitant à nous intéresser à la suite de la communication et il importe de ne pas mésinterpréter le message qui nous est ainsi transmis.

C’est le propre de l’aguiche que d’être ambiguë. Son rôle est d’annoncer et non de dire. Elle a vocation à entretenir l’intérêt sans rien dévoiler de la production. Plutôt que de répondre aux questions, elle les encourage. Comment autant de gens ont-ils pu se mobiliser aussi bien en si peu de temps ? Mystère. Pourquoi s’en sont-ils pris cette fois aux beaux quartiers ? Suspense. Pourrons-nous retourner à notre vie d’avant où nous n’avions à nous préoccuper du sort de ces gens-là qu’en autant ils font notre service et nous servent de marqueur social ?

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Le père avait volé une poule

Lorsqu’il arriva à la Fondation, il était épuisé, comme s’il sortait d’un round sans merci contre la vie et qu’il avait perdu. « Vous devez m’aider » lança-t-il comme on tente sa dernière chance. Et comme nous restions interdits … Une vanne se rompit : c’est fichu, ils ont dit non. Ils refusent de m’écouter. Ils n’ont même pas voulu nous donner une chance. Qu’est-ce que je … Continuer de lire Le père avait volé une poule

Que vont en penser les Blancs ? Mais on s’en fout!

L’aéroport international de Port-au-Prince prend de l’eau. Des photos de l’aéroport inondé jusque dans le salon diplomatique circulent. Sur Facebook, WhatsApp, Twitter, des Haïtiens et des Haïtiennes du pays lamentent le fait que, après les inondations aux Cayes, à Chardonnières, Martissant, Carrefour et autres communes du Grand Sud et de la zone métropolitaine, celle de l’aéroport Toussaint Louverture, notre principale ouverture sur le monde, achève de nous mettre à nu.

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Les premiers d’entre nous

Ce matin, je suis passée devant la maison d’une très importante personne. Je coupais par bois pour éviter certain embouteillage fameux et certaine route en terre indomptée s’est souvent révélée d’une utilité imparable. Il y a bien quelques soucis en temps de pluie mais, l’un dans l’autre, ce chemin saupoudreux et rocailleux souvent se révèle un véritable cadeau de Dieu. Il y a quelque temps, j’ai vu des camions s’y activer. Et des tracteurs. Et des bulldozers. Et des niveleuses. Une véritable armée d’équipements lourds avec des bras grands comme ça qui vous travaillaient la terre, la triturant, la modelant, la domptant. Continuer de lire « Les premiers d’entre nous »

Et si nous payions mieux nos responsables politiques ?

L’un des arguments qui est revenu le plus souvent pendant cette grève des médecins résidents est qu’il était indécent que les émoluments des Sénateurs soient si élevés – ils ne le sont pas, c’est nous qui sommes très pauvres – alors que les médecins résidents ne gagnent que très peu. Le raisonnement voudrait que celui qui a étudié le plus longtemps et, ipso facto, fait le travail le plus utile gagne plus. Pourtant, le Sénateur a souvent étudié très longtemps à l’école de la vie politique – et une campagne est une bien rude épreuve pour tout être humain normalement constitué – et son travail n’est pas, de sauver des vies, une personne à la fois, mais de sauvegarder notre vie, celle de la cité, tous ensemble. Il me semble que, en suivant cette logique au snobisme mal placé, le Sénateur gagne.

Certains m’objecteront, avec quelque raison, que nos Sénateurs sont souvent incompétents, ne font pas leur travail ou abusent de leur position. Je rétorquerais, preuves à l’appui, que nos médecins aussi. Notre République de suceurs dans son entièreté,  en fait. Le raisonnement ne tient donc pas. Il n’y a d’ailleurs aucun mal à bien payer nos élus. Tous, tant qu’ils sont. Nous les avons choisis pour faire un travail, il convient qu’ils soient convenablement compensés. Après tout, nous attendons bien de nos employeurs qu’ils nous payent un salaire convenable.

C’était aussi le point de vue d’un homme que le Président américain, Barack Obama a qualifié de « géant de l’histoire », un homme qui, en l’espace d’une génération, a fait passer son pays, ancien avant-poste colonial, exigu et sans ressources naturelles, « du Tiers-Monde au Premier Monde« , l’ancien premier ministre singapourien : Lee Kwan Yew.

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