Les États-Unis d’Amérique viennent de désigner la coalition Viv Ansanm comme une organisation terroriste, la plaçant sur le même pied que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), le Congrès national africain (ANC), les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ou, plus récemment, les Talibans — autant d’organisations avec lesquelles le gouvernement américain, qui maintient ne jamais négocier avec les terroristes, a pourtant fini par engager un dialogue plus ou moins ouvert, voire à établir des relations régulières.

À Doha, l’administration Trump-Pence a négocié directement avec les Talibans en 2020 et signé des accords de retrait. En décembre 2021, les FARC ont été retirées de la liste des organisations terroristes après un accord de paix avec le gouvernement colombien — une décision validée par l’administration suivante. À l’époque, le sénateur de Floride Marco Rubio, alors membre influent de la Commission des relations étrangères, s’y était opposé, mais ses positions ont souvent été souples, surtout lorsque Trump exprimait un avis contraire.

Rien ne s’oppose donc à ce que Trump ajoute Viv Ansanm à sa propre liste de partenaires potentiels de négociation — il aime faire des deals. Les gangs aussi. Les États-Unis ayant négocié ou reconnu au moins une dizaine de groupes après leur désignation comme terroristes, cela ne constituerait même pas une surprise. Leur politique étrangère est souvent plus pragmatique que principielle, et ces désignations relèvent autant de la manœuvre politique que de l’évaluation sécuritaire.


Dès le départ, je me suis opposée à toute tentative d’institutionnalisation de vulgaires groupes criminels par le biais d’une reconnaissance internationale. D’abord en dénonçant la dernière intervention du défunt Core Group appelant à une « trêve humanitaire« . Depuis, en mettant en garde contre une nouvelle vague de voix réclamant que ces groupes soient catégorisés comme des terroristes.

Parce que les mots ont un sens.

Historiquement, le terrorisme désigne l’usage systématique de la violence à des fins politiques, visant à semer la peur dans une population ou à contraindre un gouvernement à agir dans un sens déterminé. Cette définition, largement partagée dans les milieux juridiques et universitaires, implique une intention politique claire, une stratégie de communication (propagande par le fait), et souvent une idéologie structurée, qu’elle soit religieuse, nationaliste ou révolutionnaire.

Les gangs armés qui sévissent aujourd’hui en Haïti ne répondent à aucun de ces critères. Leur objectif n’est pas de promouvoir un projet politique ou idéologique cohérent, mais de maintenir des zones de contrôle pour garantir l’impunité de leurs trafics, assurer la rente d’un pouvoir local, parfois servir d’instruments à des acteurs bien plus installés qu’eux. Il ne s’agit pas de groupes militants, mais de mafias territorialisées. Leurs actes de violence, aussi spectaculaires soient-ils, relèvent du grand banditisme, pas du terrorisme au sens strict.

Les désigner comme terroristes participe donc d’un glissement dangereux. Un glissement lexical — parfois calculé — qui permet à certains acteurs politiques ou internationaux d’éluder leur propre responsabilité dans l’émergence de ces groupes, ou de justifier des politiques d’exception : répression extrajudiciaire, suspension des droits, interventions étrangères. Cela revient aussi à leur donner une stature politique qu’ils ne méritent pas, et à ouvrir la porte, comme on l’a vu ailleurs, à leur reconnaissance comme interlocuteurs légitimes dans un futur processus de « paix » — qui ne ferait que graver dans le marbre l’effondrement de l’État de droit.

Une réponse à « La Coalition Viv Ansanm rejoint l’OLP, les FARC, l’ANC et les Talibans »

  1. […] « terrorists » désignés continuent de jouer la carte du spectacle pour bien asseoir leur présence dans […]

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