Si tous les dégoûtés s’en vont, il ne restera plus que les dégoûtants. Pour brutale qu’elle soit, cette formule n’en traduit pas moins la réalité désolante qui est la nôtre. La frustration et le dégoût envers notre système politique et social poussent de nombreux Haïtiens à envisager l’exil – qu’il soit politique ou géographique – comme seule issue. Mais partir n’est pas la réponse. Se tenir loin de la gestion de la république, non plus. Au contraire, c’est en restant et en agissant que nous pouvons réellement changer les choses.
Il est grand temps d’investir la politique. Haïti a désespérément besoin que ses fils et filles les plus intègres s’engagent en politique. Le changement ne viendra pas simplement parce que nous le désirons. Vouloir ne suffit pas. Il faut agir. Nous devons nous mobiliser pour les élections, non seulement pour voter, mais aussi pour nous porter nous-mêmes candidats, pour qu’à la fin de la transition Conille nous puissions enfin passer à une culture démocratique où le pouvoir se prend par les urnes et non à coup de voye ale bisannuels.
Les exemples de transition réussie de la dictature à la démocratie dans la région sont légion. Des pays comme le Costa Rica, l’Uruguay et le Chili ont surmonté des périodes sombres pour devenir des démocraties florissantes.
- Le Costa Rica a traversé des périodes d’instabilité politique et de conflits internes avant de réussir à établir une démocratie participative solide. En abolissant son armée en 1949, le pays a redirigé ses ressources vers l’éducation et la santé, renforçant ainsi les bases de sa stabilité démocratique.
- L’Uruguay est un modèle de gouvernance transparente et responsable, avec une tradition démocratique profondément enracinée. Le pays a su se relever de la dictature militaire des années 1970 pour devenir une démocratie exemplaire en Amérique latine, avec une forte participation citoyenne et des institutions robustes.
- Le Chili, après des décennies sous un régime dictatorial oppressif, a pu instaurer un système démocratique stable et représentatif. La transition chilienne a été marquée par la persévérance de la société civile et des acteurs politiques engagés qui ont œuvré pour la vérité et la justice.
Ces succès reposent en grande partie sur l’engagement des citoyens à s’impliquer activement dans le processus politique et à faire entendre leur voix. Voilà pourquoi il est crucial d’exiger la tenue d’élections dès que possible pour rétablir la normalité démocratique en Haïti.
Il est inconcevable, dans une république constitutionnellement démocratique, que l’équivalent de deux législatures se soit écoulé depuis les dernières élections. L’absence d’élus au sein de l’État haïtien est le signe alarmant d’un gouvernement autocratique, où le pouvoir est concentré entre les mains d’une minorité, loin de la volonté populaire.
Dans les pays où la participation électorale est élevée, les gouvernements sont plus redevables à leurs citoyens. En Uruguay, 85 % des électeurs votent, contre seulement 21 % en Haïti lors des élections de 2016. Cette faible participation contribue à notre stagnation.
Haïti est classée 171ème sur 180 pays en termes de corruption selon Transparency International. En comparaison, le Costa Rica est 48ème. Haïti se situe à la 170ème place sur 189 pays dans l’Indice de Développement Humain du PNUD, tandis que l’Uruguay est 55ème. En 2020, Haïti a consacré seulement 2,4 % de son PIB à l’éducation, bien moins que le Costa Rica avec 6,9 %. Sur la liberté de la presse, Haïti est 99ème sur 180 pays selon Reporters Sans Frontières, contre 19ème pour l’Uruguay. La représentation des femmes au parlement en Haïti est très faible, avec seulement 3 % de femmes parlementaires contre 23 % au Chili.
Cette situation doit changer. Les dégoûtés doivent s’engager et (re)prendre le contrôle. Cela nécessitera du temps, de la patience et un engagement constant, mais c’est la seule voie vers un avenir meilleur. C’est notre seule chance de pouvoir véritablement transformer notre société.





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