Fais-la entrer

On frappe à la porte. « Elle est là ? – Oui. – Fais-la entrer. » Une belle jeune femme à la peau couleur miel, vêtue façon starlette d’Hollywood, suit un jeune homme servile qui lui ouvre une porte. À l’intérieur l’attend son client, un Haïtien pansu de la classe moyenne aisée à peau foncée à aspirations bourgeoises. Sa femme, comme il se doit, est aux États-Unis, avec les enfants. Lui, s’occupe de faire de l’argent et de leur en envoyer tous les mois. Il fait sa part. Il mérite une récompense. En week-end, il s’offre des Dominicaines.

La République Dominicaine est le quatrième exportateur de prostitués au monde derrière le Brésil, la Thaïlande et les Philippines. L’Organisation internationale de la migration estime à 50 000 le nombre de Dominicaines travaillant dans l’industrie du sexe en Autriche, Curaçao, Allemagne, Grèce, Italie, Pays-Bas, Panama, Porto-Rico, Espagne, Suisse, Venezuela et dans quelques pays des Caraïbes dont, notablement, Haïti.

En République voisine, 25% de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté – dont 51.2% en milieu rural. Les femmes (moins de 40% dans la main d’œuvre active) y ont des enfants très tôt – le taux d’enfants mariés avant l’âge de 18 ans est de 40.8%, à comparer avec 17.5% pour Haïti – aux besoins desquels elles doivent souvent répondre seules. La prostitution devient vite la seule porte de sortie pour beaucoup d’entre elles, jusqu’à en devenir une culture, de plus en plus ancrée, de générations en générations. Les plus jeunes – et séduisantes – se voient alors offrir un voyage tous frais payés en Haïti où elles pourront se faire bien plus d’argent qu’en restant dans leur communauté. Elles y laissent leurs enfants avec des parents, récupèrent leur passeport et partent pour l’eldorado haïtien.

Leur cas rappelle celui de ces jeunes femmes de l’Europe de l’Est – de la Bulgarie, notamment – qui sont pratiquement élevées pour devenir des prostituées et être exportées. Le fait leur parait normal et l’idée même du trafic ne leur viendrait pas à l’esprit. Leur perception de leur prostitution semble rejoindre celle des avocats de la décriminalisation – voire de la légalisation – de la prostitution. Elles ne vendent pas leur corps mais un service, comme d’ailleurs chacun d’entre nous sur le marché du travail. Cette interprétation toutefois présente deux problèmes majeurs.

Cette culture de la prostitution, pour naturalisée qu’elle soit, n’en est pas moins imposée par une société machiste, extrêmement patriarcale, où la femme est élevée pour le plaisir de l’homme et où sa capacité reproductive est souvent transformée en outil de punition. Il est donc difficile d’affirmer que la chose est librement consentie. Cette femme se prostitue non pas parce qu’elle en a fait le choix mais parce qu’on lui a fait croire qu’elle n’en avait pas d’autre. Plus subtile, cette « prostitution consensuelle » n’en est pas moins problématique. Elle permet de justifier une exploitation massive des femmes en donnant l’illusion qu’elles y participent volontairement.

On estime à quarante-deux millions le nombre de prostitués dans le monde, dont plus de 80% sont des femmes. Les trois quarts d’entre elles sont âgées de 13 à 25 ans et elles sont 9 sur 10 à dépendre d’un proxénète. Aux États-Unis d’Amérique, terre des libres et des braves où la prostitution est illégale partout à l’exception de 11 comtés, l’esclavage sexuel rapporte 9.5 milliards de dollars par an, soit 4 fois le chiffre d’affaires annuel de Burger King. Même dans les pays qui ont préféré la réglementation à l’abolition, les chiffres sont inquiétants. La référence en la matière, la Hollande, est dans le top 5 des pays ayant le plus grand nombre de victimes du trafic sexuel.

En Haïti, la Dominicaine que vous vous offrez – qu’elle soit « venue de son plein gré » ou qu’elle ait été « vendue » par ses proches – n’a probablement pas accès à son passeport. La maison à Pétion-Ville où vous avez été la louer en échange d’une centaine de dollars américains a saisi ses papiers jusqu’à ce qu’elle rembourse son passage à la frontière, ses vêtements et accessoires, son logement et autres aménités qu’on lui fait payer avec des intérêts toujours changeants. Vous voilà, descendant d’êtres humains anciennement asservis, en train de participer, argent comptant, à l’asservissement d’une autre. On en rirait si ce n’était si triste.

7 Comments

  1. votre articlr est très intéréssant surtout en tant qu’éclairage façe aux médias « mainstream »
    il y a tellement de Gens auquels le système fait croire qu’Ils n’ont pas la possibilitée de faire autre chose que ce qu’ils font….vous devriez compiler vos textes dans un livre..l’arbre qui en donneras la pâte à papier ne seras pas mort pour rien..
    Peaçe & Love *namasté*

  2. Pour avoir eu des rencontres individuelles avec des filles ayant un vécu relatif à la prostitution, ce fut une expérience professionnelle bouleversante.

    Ces femmes en devenir, connaissent pas ou peu, la différence entre leur droite et leur gauche. Des jeunes corps déjà meurtris par environ dix mille relations sexuelles par an. Je suis atterré par l’absolue cruauté des humains!

    L’idée que la prostitution est un métier aussi vieux que le monde demeure totalement fausse à mon sens. La prostitution n’est pas un métier, c’est un tort, perpétré contre les femmes, par les proxénètes et les clients. Légalisé la prostitution sous prétexte qu’il ne peut pas être enrayé, c’est socialement et profondément injuste.

    Ces messieurs « Tout-le-monde », qui disent « Fais-la entrer » se contentant de satisfaire leurs bas instincts, me laissent bouche bée par la généralisation de leurs comportements cruels. S’ils pouvaient comprendre, qu’il n’y ait pas que des intérêts politiques ou économiques à protéger, il y aurait tellement moins de victimes d’exploitation sexuelles.

    Ils ne sont pas nombreux, ou devrais-je dire « nombreuses », celles qui croient qu’un monde sans prostitution reste concevable. Moi j’y crois! Merci pour ce billet qui permet d’informer sur ce sujet déplaisant, car mieux vaut être trop informé que pas assez.

  3. (1) PROSTITUTION n. f. XIIIe siècle, au sens de « débauche » ; XVIIe siècle, au sens actuel. Emprunté du latin prostitutio, « prostitution, profanation ».
    Le fait d’avoir des relations sexuelles en échange d’une rétribution ; activité consistant en la pratique régulière de telles relations. Dictionnaire de l’Académie, neuvième édition [en ligne]. Dictionnaire disponible à l’adresse : http://atilf.atilf.fr/academie9.htm

    La prostitution à travers le temps, d’un point de vue occidental, [source : Universalis.fr en ligne]

    Dans l’Antiquité …
    Le champ lexical antique de la prostitution est très diversifié : koinê, philê, pornê, hetaira, pour désigner la prostituée grecque ; meretrix, lupa, publica, scortum pour nommer la prostituée romaine ; porneion pour signifier la maison de passe en Grèce ancienne, hetairêsis (grec) et meretricium (latin) pour qualifier l’acte de prostitution, etc. Cette particularité linguistique est révélatrice des multiples significations qui entourent les transactions sexuelles dans la Grèce et la Rome anciennes (VIe siècle av. J.-C. – Ve siècle apr. J.-C.). Elle souligne également l’importance qu’il y a à les considérer en dehors des catégorisations modernes qui opposent la mère à la putain ou qui définissent le désir selon le sexe de l’individu (opposition homosexualité-hétérosexualité). Le verbe prostare (« exposer pour une mise en vente »), d’où vient le substantif « prostitution », est rarement utilisé pour désigner le commerce du sexe avant l’Antiquité tardive (au IVe siècle apr. J.-C.). Dans la Grèce classique, celle d’Athènes au temps de Périclès et de Démosthène aux Ve et IVe siècles avant J.-C., la monétarisation des services sexuels coexiste avec la pratique du don, ce qui, en évitant la standardisation des prix, permet parfois des gains considérables (logement luxueux, nourriture et vêtements raffinés…) et une personnalisation de l’échange, surtout quand celui-ci dure plusieurs mois, voire plusieurs années. Par ailleurs, la sexualité n’est pas dissociée des autres formes de plaisirs, qu’ils soient intellectuels et artistiques, ou corporels (notamment les plaisirs de table). Ils sont tous régis par la même morale fondée sur la mesure et le respect des hiérarchies sociales. La prostitution s’insère par conséquent dans l’ensemble complexe des rapports sociaux, qui sont davantage organisés autour de la distinction entre personnes libres et non libres, classes supérieures et inférieures, plutôt qu’entre hommes et femmes ou entre femmes respectables et femmes de mauvaise vie.

    … au Moyen Âge
    Dans les sociétés occidentales contemporaines, la prostitution consiste à offrir une prestation de nature sexuelle en échange d’une rémunération. Toutefois, dans le langage courant, les termes « prostituée » ou « putain » sont utilisés pour désigner des femmes qui ont des comportements jugés transgressifs par rapport aux rôles traditionnels qui leur sont réservés. Cette confusion n’est pas sans évoquer celle qui fut institutionnalisée au Moyen Âge.

    En effet, les dépositaires de l’autorité publique au cours du « long Moyen Âge occidental » (du IVe siècle au milieu du XVIIIe siècle selon Jacques Le Goff) ont souvent associé les notions de prostitution et de débauche, bornant ainsi plus étroitement encore la liberté de mœurs des femmes. Avant la Renaissance, la prostitution représentait ainsi un moindre mal par rapport aux unions charnelles improvisées ; la débauche monnayée devenant, au contraire, une première forme de canalisation de la folie des corps.
    Face au manque de sources disponibles avant le XIIe siècle, il est difficile d’esquisser une chronologie exacte de l’histoire de la prostitution au Moyen Âge. Toutefois les historiens identifient la période précédant le XIVe siècle comme celle où s’enchevêtrent la pratique du laisser-faire et le principe de la prohibition. À partir du milieu du XIVe siècle, l’expérience d’organisation des pratiques sexuelles vénales par les autorités municipales, notamment à travers la création du prostibulum (maison publique) est, elle, bien documentée.

    … de 1949 à nos jours [on passe volontiers sous licence la période allant du 16e au 20e pour faire court]

    Le 2 décembre 1949, l’O.N.U. ratifie la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui. Cette date marque à la fois un aboutissement et un commencement. En effet, la Convention, d’une part, consacre le triomphe de la croisade menée depuis près d’un siècle pour l’abolition de la réglementation sanitaire et policière de la prostitution, et d’autre part, inaugure une nouvelle conception des personnes qui l’exercent. Ces dernières ne sont plus définies comme des ferments d’immoralité ou des vecteurs de maladies vénériennes, mais comme des inadaptées sociales, dignes de compassion du fait de leur activité qui, comme le souligne le préambule de la Convention, est « incompatible avec la dignité et la valeur de la personne humaine et met en danger le bien-être de l’individu, de la famille et de la communauté ». Ainsi, de coupable de mauvaises mœurs, la prostituée devient une victime, et au médecin autrefois chargé de contrôler sa contagiosité se substitue le travailleur social, mandaté pour proposer assistance et réinsertion. [fin des extraits tirés de Universalis]

    Prostitution : pratique sexuelle contre argent ?

    In fine, c’est cela la prostitution. L’argent peut être remplacé par pouvoir ou avantage. On a tendance à réduire la pratique de la prostitution aux femmes sur les trottoirs. Malheureusement, ce sont les déshérités d’une telle pratique. L’acteur d’Hollywood qui touche 10 000 000 de dollars par film et celui qui se fait exploiter sur les planches haïtiennes sont tous deux acteurs. Cependant c’est une activité qui doit toujours être analysée dans le contexte où elle s’insère et qui est la conséquence de mobilités socio-historiques. Il y va ainsi de toutes les pratiques socio(professionnelles).

    Il semblerait, par exemple, que les empereurs chinois se mariaient très jeunes et se devaient en tant qu’empereur de posséder une solide expérience sexuelle. ‘’Sous la dynastie Qing [1644-1911], le fait que le roi se devait d’avoir une solide expérience sexuelle était d’ailleurs stipulé dans les lois. Avant de se marier, il se devait de choisir huit jeunes -et jolies- femmes (plus âgées que lui) pour essayer et apprendre à faire l’amour. Être choisie comme partenaire pour le futur empereur était le rêve de toutes les filles du palais. En effet, après avoir accompagné le prince, elles étaient entretenues par l’État et n’avaient plus jamais à travailler dur’’ [source : http://cedricbeau.com/leducation-sexuelle-de-lempereur-de-chine/%5D.

    Quand on parle de prostitution et qu’on adopte la posture que c’est une forme de violence masculine, le terme patriarcat n’est jamais loin. On réduit la prostitution à un rapport homme-femme où l’homme est le dominant.

    A la base sexe contre biens

    Disons pour commencer que la prostitution c’est d’abord du sexe contre des biens sans se focaliser sur les individus en question. Les individus selon leur sexe, leur richesse (argent, étude, âge, santé, situation de leur corps) apportent une coloration historique, économique et de rapport de pouvoir à cet échange. Quand il y a prostitution quels sont les couples possibles (posons que le premier de chaque terme donne des biens au second terme qui permet la relation sexuelle) :
    Homme-femme
    Femme-homme
    Homme-homme
    Femme-femme

    Allons ajouter une composante sociale :

    Homme aisé-femme pauvre
    Homme aisé-femme aisée
    Femme aisée-homme pauvre
    Femme aisée-homme aisé
    Homme aisé-homme pauvre
    Homme aisé-homme aisé
    Femme aisée-femme pauvre
    Femme aisée-femme pauvre

    On peut continuer ainsi pendant un moment et changer par exemple les termes pauvre par éduqué. Le phénomène de la prostitution est extrêmement complexe. Un ou une prostituée ne se trouve pas toujours dans une maison close. Il/elle est des fois éduqué(e) et aisé(e). Il/elle peut se prostituer si elle veut entrer en possession d’un bien qu’il/elle juge que le sexe peut être un moyen pour l’obtenir. Je ne légitime aucune forme de prostitution. Mais quand la prostitution se passe entre deux hommes, deux femmes, ou encore quand c’est un homme qui offre son corps à une femme en échange de biens, le rapport de domination de l’homme sur la femme n’est pas valide pour analyser ces situations.

    Tout discours sur la prostitution doit à mon sens être balisé et délimiter son terrain.

    Pour finir je mettrai bout à bout des extraits que j’estime pertinents sur la question de l’article de Löwy Ilana (2003), « Le débat des féministes américaines sur la prostitution, ou éloge de la complexité ».

    ‘’ Les « féministes radicales » condamnent sans appel la prostitution : cette activité, basée sur la commercialisation des rapports hétérosexuels et sur l’achat de tels services par l’homme, ne peut être perçue autrement que comme un phénomène jouant un rôle négatif pour l’ensemble des femmes. Cependant, leur attitude envers les prostituées n’est pas uniforme, et oscille entre une méfiance profonde et l’appel à une défense inconditionnelle de ces femmes.’’

    ‘’ Les féministes « pro-sexe » ou les « radicales du sexe » considèrent quant à elles que les rapports hétérosexuels ne sont pas, en soi, condamnables. Cette approche peut également revêtir deux formes : une première attitude, libertaire, soutient le droit de tout individu au plaisir sexuel et affirme que la sexualité ne doit pas être obligatoirement liée à l’existence des liens affectifs.’’

    ‘’la prostituée est devenue « l’autre de l’autre », une marionnette muette sur laquelle des femmes d’opinions très diverses, tendent à projeter leurs sentiments de frustration, d’impotence et de rage. En conséquence, chaque courant de pensée construit sa « prostituée », et ces constructions masquent souvent le vécu concret des femmes qui vivent de la prostitution.’’

    ‘’L’ampleur des controverses autour de la prostitution, la constitution de cette activité comme un symbole (« trope ») ou plutôt comme une multitude de symboles, et le poids émotionnel du signe « pute » aggravent encore cette difficulté. Les prostituées ont tendance à minimiser les aspects problématiques de leur activité, ou, à l’inverse, à insister sur ceux-ci. Leurs témoignages oscillent ainsi fréquemment entre une défense agressive de leur activité et une accentuation de ses côtés pénibles.’’

    ‘’ La grande disparité des conditions de vie des prostituées – une femme qui cherche des clients sur le périphérique n’a pas grand-chose en commun avec une call girl de haut niveau – ajoute encore à la difficulté de construire une image homogène de la « prostitution ». Enfin, comment définir avec précision les frontières du phénomène prostitutionnel ? On assiste aujourd’hui à une prolifération des « métiers du sexe » (strip-teaseuses, danseuses dans des boîtes de nuit, masseuses, employées du minitel rose, ou actrices dans des films pornographiques) et parmi celles-ci, un nombre considérable des femmes employées dans les métiers du sexe ont une identité professionnelle bien définie et des fiches de paye en règle. Elles partagent pourtant avec les prostituées proprement dites la tâche d’assouvir des fantasmes sexuels masculins puisque le nombre des femmes qui utilisent les divers services de l’industrie de sexe reste très réduit. Ce qui pose la question du sens profond de cette industrie.’’

    ‘’ un pourcentage non négligeable de femmes dans le monde de la prostitution, ne fournissent pas de services sexuels « classiques » à leurs clients, mais assouvissent leurs autres fantasmes sexuels. Contrairement aux idées reçues, de tels fantasmes ne sont pas majoritairement liés aux rêves de maîtrise sur les femmes. Ainsi le marché du sadomasochisme étudié par McClintock est d’abord celui des services fournis par des dominatrices. Certains hommes veulent trouver une « épouse » qui les punit et les bat. D’autres cherchent une régression dans le temps, et veulent devenir un enfant qui reçoit une correction d’une mère ou d’une nourrice sévère. La signification de tels jeux sexuels reste cependant ambivalente : l’homme qui s’y prête peut se servir de tels jeux pour atténuer sa peur des femmes, ce qui peut éventuellement l’aider à développer des rapports plus équilibrés avec le sexe opposé. Il peut néanmoins aussi les utiliser pour « expier » la culpabilité liée à son comportement abusif avec les femmes dans sa vie quotidienne, et pouvoir ainsi reproduire tranquillement ce comportement. Cette dernière éventualité est d’autant plus plausible que le jeu de rôles est organisé afin de répondre aux besoins masculins. De plus, ce jeu n’est pas dépourvu de risques : les éléments de mise en scène, essentiels pour certaines pratiques prostitutionnelles, ne soustraient pas ces pratiques des rapports de force réels entre hommes et femmes, et même les prostituées « haut de gamme » ne sont pas à l’abri de la violence masculine.’’

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