Une inimitié héréditaire

Au mois d’août 843, à Verdun, l’Empire de Charlemagne est, par un traité, divisé entre ses trois petits fils en Francie occidentale, Francie orientale et Francie médiane (Lotharangie). La dernière s’effondra presqu’immédiatement. Il fallait s’y attendre; elle était une concession de deux frères guerriers à un frère aîné qu’ils ne respectaient guère. Des deux Francies restantes, l’occidentale devint la France et l’orientale devint l’Allemagne. Elles se vouèrent une inimitié sans bornes qui déboucha à trois reprises sur la guerre, les deux dernières entraînant le monde entier dans leur folie meurtrière.

À la source de ce barbarisme excessif, le choc de deux nationalismes aussi expansifs qu’émotifs, tous deux intéressés à dominer l’autre, ruminant les « humiliations » subies et nourris par un désir de revanche jamais satisfait. Convaincus d’être dans leur bon droit, Francs et Germains se vouèrent une haine quasi-religieuse. Ils le firent si proprement et  le firent si bien qu’ils finirent par provoquer deux guerres mondiales aux conséquences si horribles que l’humanité – réunie en organisation des nations unies – interdit la guerre pour toujours. Les deux belligérants, rendus à l’évidence du ridicule de leur aversion de pantomime, résolurent de se laisser enfin atteindre par la civilisation et s’activèrent à s’aimer avec presqu’autant d’ardeur qu’ils avaient mis à se détester. Et l’Europe – et le monde – s’en porta mieux. Continuer de lire « Une inimitié héréditaire »

Fais-la entrer

On frappe à la porte. « Elle est là ? – Oui. – Fais-la entrer. » Une belle jeune femme à la peau couleur miel, vêtue façon starlette d’Hollywood, suit un jeune homme servile qui lui ouvre une porte. À l’intérieur l’attend son client, un Haïtien pansu de la classe moyenne aisée à peau foncée à aspirations bourgeoises. Sa femme, comme il se doit, est aux États-Unis, avec les enfants. Lui, s’occupe de faire de l’argent et de leur en envoyer tous les mois. Il fait sa part. Il mérite une récompense. En week-end, il s’offre des Dominicaines.

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Quand nous devons partir nous faire soigner

Dans mon dernier billet, je parlais de la décision du Prince de ne pas passer à l’heure d’été et du brave éditorialiste qui lui a reproché… de ne pas s’être enquis des sentiments du secteur privé sur la question. J’y opposais le droit de nos médecins-feuille à la bonne vraie heure solaire nationale seule capable de garantir l’efficacité de leurs simples à ces millions d’Haïtiens qui n’ont pas accès à des soins de santé adéquats, y compris notre Président Provisoire qui a dû, lui, se rendre chez nos voisins.

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