À la fin de l’année 2025, la firme Stryk Global Diplomacy dépose deux déclarations dans le cadre de la loi américaine sur l’enregistrement des agents étrangers (Foreign Agents Registration Act, FARA), citant François R. Deeb comme client étranger lié à des activités de lobbying visant le pouvoir exécutif des États-Unis.

La première déclaration, enregistrée le 7 novembre 2025, concerne un contrat de deux mois, allant du 28 octobre au 28 décembre 2025, pour une compensation de 250 000 dollars américains. La seconde, enregistrée dix jours plus tard, voit la compensation portée à 1,5 million de dollars. Dans les deux cas, la firme précise qu’elle entend : « Engage with the United States Executive Branch with regards to identifying specific issues related to the client’s position. » *

Entre novembre et décembre 2025, un homme d’affaires haïtien sanctionné par le Canada entre dans le public record américain, en formalisant une relation à la trajectoire financière rapidement ascendante avec une firme d’accès washingtonienne opérant au sein de réseaux de lobbying à dominante républicaine.

Stryk Global Diplomacy se place sur un segment de marché marqué par des engagements internationaux à haut risque et à forte visibilité et représente souvent des personnes politiquement exposées (PPE). Ses mandants vont d’acteurs économiques et politiques à des entités gouvernementales : des partis politiques (tels le Democratic Party of Albania), des ambassades et ministères (Kenya, Bahreïn, Arabie saoudite), ainsi que des profils individuels dont la présence dans le registre FARA signale, par définition, une exposition politique élevée.

Parmi ces noms figurent notamment Isabel dos Santos (femme d’affaires angolaise sanctionnée par les États-Unis depuis 2021 et par le Royaume-Uni en 2024), Julio Herrera Velutini (banquier vénézuélien gracié par Donald Trump à la mi-janvier, mettant fin à la procédure fédérale engagée contre lui), Saad Aljabri (ancien bras droit d’un prince héritier déchu dont l’Arabie saoudite cherche à obtenir l’extradition du Canada sur des accusations de corruption), ou encore — via Venable — Slobodan Tesic (vendeur d’armes serbe, dont les sanctions ont été levées au Royaume-Uni en juin 2025, tout en demeurant inscrit sur la liste de l’OFAC aux États-Unis). La liste complète des clients de Stryk (registrant #6399, de 2016 à 2026) est publique et acessible ici.

Dans l’écosystème de l’influence washingtonienne, Stryk occupe une niche particulière : celle des firmes qui acceptent de représenter des PPE opérant sous contrainte — sanctions, isolement, conflits ou déficit de légitimité — et recherchant une interaction rapide avec l’exécutif étatsunien. Le choix de la firme constitue, à ce titre, un indicateur stratégique en soi. Le fait que les deux dépôts FARA soient signés directement par Christian Bourge, directeur général de la firme — ce qui l’engage personnellement quant à l’exactitude des déclarations produites, conformément au droit américain — en est un autre. Que cette séquence intervienne à une période marquée par une hyperpersonnalisation du pouvoir exécutif américain ne fait que renforcer la portée critique de l’ensemble.

Le langage employé dans les deux déclarations relève d’une phraséologie classique mais délibérément étroite. L’activité déclarée relève de l’accès stratégique, et non de la persuasion de masse. Il n’y est question ni d’achats médiatiques, ni de communication publique, ni de mobilisation diasporique. L’intention affichée est la discrétion.

Paradoxalement, le recours même à ce type d’intermédiaire comporte un coût difficilement évitable : l’attention. Les dispositifs conçus pour intégrer les circuits décisionnels — registres de transparence, obligations déclaratives, formalisation contractuelle — régénèrent simultanément la visibilité. « You have no reasonable expectation of privacy regarding any communications transmitted through or data stored on this information system »**, rappelle, fort à propos, le site du FARA.

Au XXIᵉ siècle, les luttes de pouvoir se jouent souvent à travers les registres, les dépôts, les index. Être « présent » ou « absent » en ligne n’est pas neutre et doit, dès lors, être soigneusement géré. Concomitamment aux déclarations FARA, un communiqué daté du 16 novembre 2025, publié sur la plateforme OpenPR, voit une fondation haïtienne exprimer sa « profonde et durable gratitude » à l’endroit de Reynold Deeb pour des décennies de soutien en Haïti. Certes, ce que propose Stryk Global Diplomacy demeure la proximité décisionnelle, et non la persuasion publique. La firme est connue pour accepter des mandats que d’autres structures préfèrent éviter. Mais une réputation plus soigneusement présentée ne saurait nuire.

Reste le saut quantitatif d’une compensation de 250 000 à 1,5 million de dollars en moins d’un mois. Que celui-ci traduise un élargissement du mandat, une urgence accrue ou une perception de risques croissants, la vitesse de cette escalade est éloquente. Lorsqu’elle concerne la firme de Robert Stryk, un acteur politique décrit dans la presse comme un « lobbyiste cowboy » et qui, de son propre aveu, s’attèle à vendre Washington dans un « shitbag world »***, il y a définitivement lieu de prêter attention.


* « Interagir avec le pouvoir exécutif des États-Unis afin d’identifier des enjeux spécifiques liés à la position du client. »

** « Vous ne pouvez raisonnablement vous attendre à aucune confidentialité concernant les communications transmises par ce système d’information ou les données qui y sont stockées. »

*** « monde de salauds« 

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