Depuis quelques mois, exilée de la capitale, je vis surtout dans une petite ville côtière. C’est calme ici. Les hommes pêchent. Les femmes vendent le poisson. La mer est toujours là – en fond, dans le vent, dans le bruit qui entre par les fenêtres la nuit.

La maison donne sur la mer, entourée d’arbres fruitiers, de fleurs et de plus de nuances de vert que je ne saurais nommer. Il y a des cocotiers, des grenadilles, des manguiers, des cerisiers, un kachiman, un jardin d’herbes, des légumes, même une pergola couverte de vignes. Il y a aussi une piscine. Et des cascades. Ça ressemblerait à une pause — s’il n’y avait pas la faim. Pas la mienne. Celle des chiens.

Un matin, un chien est apparu dans la cour. La peau sur les os. Anxieux. Appréhensif. Affamé. Je l’ai nourri. Il est revenu. Avec des amis. Et ça a continué. Le nombre a augmenté, doucement. Puis s’est stabilisé. À neuf. Deux petits groupes, deux solitaires, et une sorte d’accord implicite : jamais plus de quatre chiens en même temps dans la cour. C’est la règle. Je respecte.

Ils viennent. Ils mangent. Ils repartent.
Pas d’aboiements. Pas de quémandage. Juste la faim. Et, avec, une forme de dignité.

Ce ne sont pas vraiment des chiens errants. Ils n’appartiennent à personne, mais ils appartiennent quelque part.
Au quartier. Aux habitudes. À la vie autour d’eux. Ils sont semi-adoptés — tolérés, à moitié nourris, parfois salués, rarement nommés.

Mais, aujourd’hui, plus personne ne les nourrit.

Quand les gens eux-mêmes peinent à manger, les chiens ne mangent pas.
Les entrailles, les os, les têtes de poisson qui les nourrissaient autrefois sont désormais servis aux enfants. Les restes ne sont plus des restes.

L’aide alimentaire arrive. Parfois. Mais jamais avec quelque chose pour les animaux qui partagent nos cours, nos chemins, notre silence. Jamais nos chiens n’ont été aussi mèg.

Ce billet n’est pas un appel à croquettes. Ce n’est pas une pétition. Ce n’est même pas un projet. Juste une histoire. Tranquille.

Je nourris neuf chiens. C’est tout. Peut-être que vous aussi, où que vous soyez, vous pouvez en nourrir quelques-uns.

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