Lorsqu’il écrit La Bohème, Charles Aznavour, à peine quadragénaire, s’invente peintre vieillissant, nostalgique de jours heureux où le manque d’argent côtoyait une liberté insouciante, faite de nuits d’amour, de rêves d’art et de gloire.

« Je vous parle d’un temps / Que les moins de vingt ans / Ne peuvent pas connaître », chante-t-il à propos d’un quartier où il traîna lui-même ses guêtres, chanta, galéra, comme tant d’autres. Montmartre. Quartier parisien mythique, symbolique, marginal. Le Montmartre de Toulouse-Lautrec, de Modigliani, de Boris Vian, et, en version carte postale, d’Amélie Poulain.

Le Montmartre de La Bohème accrochait ses lilas jusque sous les fenêtres, en un appel discret à l’amour et aux premières émotions d’une jeunesse qui s’y éveillait. C’est un regard mélancolique, presque tragique, qui se remémore un passé idéalisé pour mieux souligner la fadeur d’un présent désabusé. C’est un adieu à l’idéal romantique de l’artiste affamé, éreinté, mais libre. Un adieu à l’art.

L’art qui, justement, est introuvable dans cette sérénade inattendue livrée par le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, à Camp-Perrin. Une vidéo qui circule partout depuis hier. Un Mario Andrésol qui aura au moins eu la bonne idée de pleurer sa propre carrière de secrétaire d’État le jour même de son investiture. Ce fut un rare moment d’honnêteté. Peut-être ne l’avons-nous pas assez salué.

Mario Andrésol chantant La Bohème en soirée à Camp-Perrin

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