Toute l’après-dictature, il a été question, sous une forme ou une autre, d’organiser un dialogue national, une conférence internationale, ou les deux. À chaque transition, cette proposition, aussi régulière qu’un métronome, finit par s’évanouir dans le néant. Possiblement parce qu’il n’y a aucune intention sérieuse de mise en œuvre, les termes employés ne sont pas compris des acteurs, ou qu’il y a tout simplement plus urgent à faire. Ce qui semble certain, c’est que ces initiatives sont souvent utilisées de manière superficielle et/ou opportuniste, sans réel engagement à les concrétiser.

Il est quelques avantages à la tenue d’une Conférence nationale. Elle pourrait etre utile pour discuter de questions cruciales telles que la réforme constitutionnelle, en signalant l’ouverture au dialogue et la recherche de solutions inclusives. Une telle réforme toutefois, nous l’avons vu, devra attendre après les élections. Nous avons des considérations autrement plus pressantes vu l’urgence de la situation, le besoin de se concentrer sur les prochaines scrutins et la nécessité de légitimité démocratique, qui rendent impraticable l’organisation d’un tel événement.

Il ne faut pas perdre de vue qu’Haïti n’a pas tenu d’élections depuis huit ans, soit l’équivalent de deux mandats législatifs. De plus, le Conseil présidentiel fraichement nommé restera en place jusqu’en 2026, prolongeant ainsi à dix ans la période sans élections, couvrant deux présidences successives. Et, comment dire, il est difficile de croire aux velléités démocratiques de groupes qui semblent vivre de ces vides électoraux à répétition.

La démocratie ne peut se résumer à de faux événements participatifs où des personnes autorisées se rencontrent dans des hôtels internationaux pour s’écouter parler alors que le peuple est privé de son droit de vote. Les conférences nationales et autres initiatives participatives doivent compléter, et non remplacer, le processus électoral. En l’absence de processus électoraux réguliers, le peuple est privé de son droit fondamental de choisir ses représentants et de participer à la gouvernance de manière démocratique.

Les périodes prolongées sans élections favorisent l’enracinement du pouvoir entre les mains d’acteurs non élus. Nous en vivons actuellement les conséquences marquées par l’absence de reddition de comptes, de transparence et de légitimité du gouvernement. Dans une démocratie fonctionnelle, les élections régulières constituent un mécanisme essentiel pour assurer la légitimité et la responsabilité des gouvernements. Aussi, est-il urgent que des mesures soient prises pour garantir la tenue d’élections libres, justes et transparentes dans les délais les plus brefs afin de restaurer la confiance dans le processus démocratique et de répondre aux aspirations du peuple haïtien. La conférence nationale, le cas échéant, pourra se faire après.

2 réponses à « La conférence nationale n’aura pas lieu »

  1. […] l’impracticabilté d’une Conférence nationale à l’heure actuelle, d’autant que la question peut-être aisément traitée après les […]

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  2. […] décret créant la conférence nationale qui n’aura pas lieu est enfin là et c’est une véritable gageure que de choisir des visas, des considérants ou […]

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