L’article 45 du projet de décret portant création, organisation et fonctionnement du conseil présidentiel introduit la compétence d’empathie dans le profil du ou de la premier.ère ministre. Une disposition subjective s’il en est et difficile à mesurer de manière objective. La personne appelée à diriger le prochain gouvernement devra donc faire preuve de sa capacité à ressentir dans sa chair les difficultés et les défis auxquels la population haïtienne est confrontée et, je suppose, agir en « bon père de famille » pour protéger la population de la pauvreté, des inégalités sociales, de la violence en tout genre et tous les autres problèmes socio-économiques qui l’accompagnent au quotidien.

Il existe une vieille tradition dans l’administration haïtienne de ne pas voir dans ses administrés des adultes pensants et agissants. Elle imprègne nos textes de lois d’un paternalisme d’autant plus irritant qu’il vient d’un père indigne. Voilà pourquoi l’Haïtien peine à se retrouver dans les règles faites pour lui mais dont il n’est jamais qu’objet, pas même un sujet et encore moins un acteur. Aussi s’exerce-t-il à éviter autant que possible tout contact avec les normes qui le gouvernent, des normes auxquelles il a fini, par réflexe salutaire, par développer une allergie.

Mais, jouons le jeu. Devisons d’un mécanisme d’évaluation de l’empathie des 15 candidats (maximum) à la Primature. Au-delà des critères objectifs tels que l’engagement envers le bien-être social et les normes éthiques de transparence et de respect des droits de l’homme, nous pourrions recourir à des disciplines comme la psychologie sociale, les politiques publiques et le développement communautaire. Imaginons des entretiens approfondis doublés d’évaluations psychologiques qui permettraient de départager les candidats.

L’entretien pourrait se dérouler en quatre parties, où les candidats seraient invités à répondre en temps réel à une série de questions portant sur leur expérience personnelle, leur compréhension des besoins de la population, leur capacité à se mettre à la place des autres et leur engagement envers le bien-être collectif. Voici une suggestion pour neuf séries de questions ; pouvez-vous penser à une dixième ?

  1. Pouvez-vous partager une expérience personnelle où vous avez été confronté à la souffrance ou aux difficultés d’une autre personne ? Comment avez-vous réagi dans cette situation ?
  2. Comment réagissez-vous lorsque vous êtes confronté à des histoires de souffrance ou de détresse humaine ? Comment gérez-vous vos propres émotions lorsque vous êtes témoin de la souffrance des autres ?
  3. Pouvez-vous décrire un moment où vous avez dû vous mettre à la place de quelqu’un d’autre pour comprendre son point de vue ou ses sentiments ? Comment pensez-vous que la capacité à se mettre à la place des autres peut être bénéfique dans un rôle de leadership politique ?
  4. Comment envisagez-vous d’incorporer des principes d’équité sociale et de justice dans vos politiques et décisions en tant que Premier ministre ?
  5. Comment envisagez-vous d’interagir avec les membres de la population haïtienne pour comprendre leurs préoccupations et leurs besoins ?
  6. Comment pensez-vous que les politiques gouvernementales peuvent répondre aux besoins des populations les plus vulnérables et marginalisées ?
  7. Comment allez-vous encourager la participation citoyenne et l’écoute active dans le processus décisionnel gouvernemental ?
  8. Comment décririez-vous votre compréhension des principaux défis et des besoins de la population haïtienne actuelle ?
  9. En quoi votre parcours professionnel ou vos actions passées démontrent-ils votre engagement envers le bien-être social et l’amélioration des conditions de vie des citoyens ?

6 réponses à « Une exigence d’empathie pour la population »

  1. […] profil du ou de la première ministre, en particulier la compétence d' »empathie pour la souffrance de la population haïtienne » qui lui est demandée et le moyen de […]

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  2. […] qui n’a pas reçu décharge de sa gestion en tant que comptable des deniers publics mais qui démontre une compétence d’empathie? Si, oui, vous venez peut-être d’identifier le.la futur.e premier.ère ministre […]

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  3. […] fait pas de référence à un CV ou une lettre de motivation mais cela ne peut nuire, surtout si la nouvelle compétence d’empathie s’étend au Conseil présidentiel. Ceci dit, nous avons affaire ici à des habitués de la […]

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  4. […] choisi ce midi le président du Conseil Présidentiel de Transition et un nouveau Premier Ministre, avec ou sans compétence d’empathie. Les deux désignations ont été effectuées successivement, sans délai, sans liste de candidats, […]

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  5. […] pour choisir le futur Premier Ministre. Exit le profil taillé sur mesure ou l’exigence de compétence d’empathie; les candidats à la Primature, sélectionnés par des groupes mandatés par le Conseil, seront […]

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  6. […] n’osons même plus parler de réformes économiques. Un temps, il était question de compétence d’empathie mais cette exigence a depuis été abandonnée. La lutte contre la corruption devra sans doute […]

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