Hier, un chauffeur de la Banque centrale aurait perdu la vie à cause d’une monumentale erreur policière. Mathurin Jérôme se garait à Lalue quand des policiers l’ont sommé de s’arrêter. Croyant avoir affaire à des bandits déguisés en policier, il tente de s’enfuir. Les policiers ouvrent le feu et M. Jérôme meurt. C’est la version de la famille. La police nationale d’Haïti maintient avoir prévenu un enlèvement.

Deux jours plus tôt, le 9 novembre 2023, deux employés de la BRH auraient été kidnappés au Centre-ville. Possiblement par le gang Krache dife. Les sites d’information qui ont rapporté la nouvelle n’en savent pas plus. Peut-être n’y a-t-il rien de plus à trouver mais la connexion, même en surface, est intéressante. Ou pas. Cette série m’a toutefois remis en mémoire la mort de Jacques Faubert Etienne, responsable d’audit des systèmes d’information, assassiné par des individus armés non identifiés. Il aurait tenté d’échapper à ses ravisseurs qui ont alors ouvert le feu. Monsieur Etienne est mort le 22 février 2022, non loin de l’école de ses filles qu’il était venu chercher.

Trois mois plus tôt, le 7 décembre 2021, sur son compte Facebook, Jacques Faubert Etienne racontait une tentative précédente tout droit sortie d’un film d’horreur. Cinq membres du gang Krache dife sont descendus d’une voiture noire avec des armes lourdes. Ils semblaient convaincus qu’il détenait une valise remplie d’argent qu’ils étaient venus récupérer. Ne trouvant pas l’argent, l’un d’entre eux a essayé de lui tirer dessus mais l’arme s’est miraculeusement enrayée. Un blindé est alors arrivé et il en profita pour s’enfuir.

Il n’aura pas échappé à la deuxième tentative.

Cette année, ce fut au tour d’Eric Casséus, chef du service affecté à la Direction de la Caisse et du Réseau, de mourir, dans les mêmes conditions, deux semaines avant sa retraite.

S’il est admis qu’il y a quelque chose de pourri à la Banque de la République d’Haïti, ce n’est pas tant la putrescence de l’institution qui m’interpelle que celle d’une société où mourir dans une tentative d’enlèvement est désormais un risque professionnel normal.

La BRH est implantée dans une zone sous le contrôle d’un gang, mettant ainsi en péril la sécurité des employé.e.s qui risquent leur vie quotidiennement pour se rendre au travail. Après plus de trois ans de cette situation sans aucune prise de mesure, nous pouvons conclure que la Banque centrale admet que ses employé.e.s fassent face à un danger imminent, dans l’indifférence générale. Et cette indifférence ravive mes doutes quant à la possibilité d’une nouvelle Haïti.

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