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Une équipe formidable

C’est ainsi que le Dr Réginald Boulos, alors qu’il pensait à (se) lancer (dans) sa troisième voie, imaginait sa relation avec un certain ex-député arrêté à Jacmel pour « complot contre la sureté intérieure de l’État, de l’ambassade américaine et de la Brasserie la Couronne« . Une vidéo de l’interaction avait fuité en septembre dernier alors que le #PetroCaribeChallenge prenait sa vitesse de croisière. Dedans, nous retrouvons un Arnel Belizaire – puisque c’est de lui qu’il s’agit – expliquant faire cause commune avec « Boulos qui, hormis l’argent qu’il a en plus, est dans le même bateau que nous … et a plus à perdre que nous » et un Réginald Boulos vantant les mérites de la confiance se construisant dans l’action* :

Les deux frères de combat disaient s’entendre sur la nécessité de s’engager sans réserve dans la lutte pour le procès PetroCaribe. Arnel Belizaire – et le Dr Boulos devait s’en douter – savait de quoi il parlait. Il n’était pas à son premier « combat ». Grand habitué du crime et de la prison, nous le retrouvons, le 14 septembre 1995, écroué à Delmas au numéro DM-385 – pour escroquerie et usage de faux; il en ressortira 4 jours plus tard après avoir signé une reconnaissance de dette. Quatre ans plus tard, il se faisait déporter des États-Unis d’Amérique pour « voyage illégal« .

Revenu en Haïti, Arnel Bélizaire semble se calmer un temps avant de se rappeler à notre bon souvenir par une belle série d’arrestations pour crimes multiples: arrestation pour meurtre et détention d’armes illégales (14 octobre 2004); évasion du pénitencier national et cavale en République Dominicaine (19 février 2005); arrestation pour vol de véhicule en République Dominicaine (2 juillet 2005) et transfert aux autorités haïtiennes; jugement et condamnation à 18 mois de prison et 5000 gourdes d’amende (5 juillet 2005). Au 23 juin 2006, il est libéré -pour bonne conduite? – et ne revient dans l’actualité qu’en mars 2011 pour être le nouveau député Inite de Delmas-Tabarre.

Fort de sa nouvelle immunité parlementaire, le désormais député Belizaire menace le Président Michel Martelly (12 octobre 2011), fait l’objet de « poursuites judiciaires, soit mis à la disposition de la justice pour infraction de meurtre (sic) et détention illégale d’arme automatique » (20 octobre 2011) avant d’être arrêté, évadé, reconduit en prison puis libéré par un juge (24 octobre 2011). L’aventure carcérale crée un buzz monstre conduisant à la mise sur pied d’une commission sénatoriale d’enquête spéciale sur l’arrestation; la démission subséquente du Ministre de la Justice et du Commissaire du Gouvernement; un imbroglio autour de subventions de Noël par le Ministère de l’Intérieur … se terminant sur une résolution de la Chambre des Députés de clore le dossier suite au rapport de la commission d’enquête désignant le Président Martelly auteur intellectuel de l’arrestation.

Intouchable, Arnel Bélizaire, « emblématique opposant » au Président Martelly, multiplie les actions d’éclat. Il s’attache à prouver la nationalité américaine de celui-ci et soumet un lot de documents totalisant un millier de pages (2012), entre de force au bureau des Postes (2013); libère de force des gens sous le contrôle du Parquet (2014); agresse un ministre; est sanctionné par l’Assemblée des Députés et entame une grève de faim au Parlement. A la grève de faim succède la résistance armée. Le Député se crée un nouveau personnage haut en couleurs participant, armes en bandoulière, aux manifestations de l’opposition.

Aux législatives 2015, il perd son siège de Député et, avec l’immunité parlementaire. Le voilà invité par la justice américaine pour témoigner dans un dossier de trafic d’armes. Il renoue avec l’actualité judiciaire en 2019 en tant qu’invité de l’instruction du massacre de La Saline avant de finir arrêté hier soir, avec « en sa possession des armes, des grenades, etc« .

Toujours dans la journée d’hier, le chef de gang – et leader communautaire selon Réginald Boulos – se faisait tuer par un de ses soldats du nom de Ti-Joseph. Le jeune entrepreneur de 27 ans – il naît Junel Louis, un 4 décembre 1992 à Léogane – compterait à son actif un magasin de provisions alimentaires (Saba Food), une agence de transfert (Saba Multi-Services et Transfert) et un hôtel-restaurant (MJL La Piscina) qu’il n’aura malheureusement pas eu le temps d’inaugurer comme prévu, ces samedi et dimanche 30 novembre et 1er décembre 2019. Philanthrope, il aurait reçu, par sa fondation caritative (la Fondation Sabathem), des financements de l’Etat et du secteur privé – dont le bon docteur Boulos, décidément bien peu doué pour choisir ses alliés.

C’est en 2015, suite à l’assassinat du puissant Te Quiero – Mackenson Salomon pour l’État civil – par la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) que Ti-Hougan prend le contrôle du fief de son ancien chef. Il y a un vide à combler. Les habitants de Boston digèrent mal la fin de leur protecteur et exige le départ de la Minustah. Dans la vidéo ci-dessous, un homme explique l’importance de ces hommes qui, dans la Cité, font le travail de la police, protègent et servent. Parce que, et on l’oublie souvent, dans les zones de non droit, vivent des citoyen.ne.s qui ont droit à la protection de l’État et qui, à défaut, se retrouvent contraint.e.s de la chercher ailleurs.

Aussi, quand le Dr Boulos qualifie Ti-Hougan de leader communautaire, n’a-t-il pas tout-à-fait tort. Le chef de gang efficace se doit de protéger sa communauté contre tout danger extérieur. Il s’assure ainsi une nécessaire loyauté qui est, plus que tout arsenal de guerre, sa meilleure garantie de sécurité. Il n’en est pas moins un chef de gang qui rançonne autant qu’il protège et qui, par le crime, perpétue sa mainmise sur une population aux abois. Prétexter, comme dans la vidéo ci-dessous, ne pas financer le crime mais les actions sociales revient à ignorer que les secondes servent à perpétuer le premier.

Ce qui me ramène comme à mon premier billet sur la capacité de jugement du leader du Mouvement de la Troisième Voie. Même à admettre la naïveté dont il fait preuve relativement aux actes et crimes de ceux dont il cherche et à qui il offre le soutien, n’y a-t-il pas lieu de se questionner sur sa capacité à percevoir correctement une situation et en tirer les conclusions qui s’imposent? A défaut, le système qu’il prétend combattre ne risque-t-il pas, in fine, de lui faire, à lui aussi, et comme le veut la coutume, un sale coup?


* Je suis au courant pour la suite de la vidéo mais j’ai décidé de laisser courir parce que 1) c’est la seule sur YouTube (doublée par Tripotay Lakay) et j’avais la flemme de chercher sur Whatsapp; 2) cela m’a rappelé le bon vieux temps des accusations et m’a bien fait rire ; 3) vous ne cliquez pas généralement sur les liens et vidéos et je vous comprends puisque le texte lui-même en général suffit. Ceci dit, si je trouve une vidéo plus courte, je remplacerai celle-ci, promis juré. Voilà pour l’explication. Contactez-moi à d’autres sujets, j’adore vous entendre.

Patricia Camilien Tout afficher

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