Ces dictateurs que l’on encense

Vu sur un groupe WhatsApp: 16 RAISONS RÉELLES POURQUOI ILS ONT ÉLIMINÉ LE COL. KADHAFI. Suivit une liste des prétendus délices de la vie des Libyens sous le Colonel qui fut accueillie par des bravos, des félicitations et des remerciements pour cette information qu’ILS nous cachent. En laissant passer la syntaxe proprement révoltante du titre et même les fausses vérités qu’elle assène avec une rare certitude, ce qui arrête ici, alors que s’annonce, chez nous, le retour d’un populisme de droite, c’est le raisonnement scabreux dans lequel s’engage ce texte qui conclut, de la plus sérieuse façon: « Si cela est appelé « Dictature », je me demande quel type de leadership ont les démocrates!!! »

La réponse semble pourtant claire. Les démocrates ont un leadership démocratique, c’est-à-dire un leadership qui respecte les libertés personnelles, qui traite l’être humain comme l’adulte qu’il est, qui ne pense pas savoir mieux que l’autre ce qui est bon pour lui. C’est Périclès qui, pour défendre la démocratie, rappelait que plus qu’un régime politique, elle est surtout un support philosophique social. Un régime tolérant, basé sur une flagrante fiction: celle de l’égalité entre les êtres humains. C’est donc un régime aussi généreux que philanthrope parce que fondé sur l’amour des autres et, ipso facto, le respect que nous leur portons.

La clé de tous les totalitarismes, nous l’avons vu avec Castro, est le mépris total manifesté pour les autres. Ceux qui ne sont pas au pouvoir. Ceux qui ne sont pas du pouvoir. Cela permet de justifier la mise en place de systèmes liberticides sous prétexte de faire le bonheur d’un peuple. Cela aide à maintenir vivant le mythe de la dictature éclairée chez les gens au profil psychologique autoritaire, soit qu’ils prennent plaisir à commander, soit, surtout, qu’ils prennent plaisir à obéir. Convaincus que leur vision du monde est la bonne, ils s’attachent, par tous les moyens, à défendre la dictature, quitte à mentir, déformer la vérité ou … créer de nouvelles « réalités ».

C’est ainsi donc que nous apprenons que sous Kadhafi, l’électricité était gratuite, le crédit était gratuit, l’éducation, les maisons, les voitures, les terres agricoles … tout était gratuit. Dans un pays où le PIB par habitant est de 11 000 dollars, 30% de la population est au chômage, la corruption est endémique et le népotisme si évident qu’il en est insultant, il faudrait un sérieux manque de jugement pour croire en de telles affirmations. Et pourtant! L’on s’empresse de voir dans ce dictateur – pour qui ses opposants étaient des « rats » dont il fallait se débarrasser kanga kanga alors que son fils promettait des rivières de sang à qui osait s’insurger dans ce paradis terrestre construit par son père – un héros de la lutte contre l’impérialisme occidental et une noble victime assassinée par des sanguinaires.

Il est vrai qu’en Libye, à l’instar d’autres pays arabes aux pétrodollars nombreux, l’État offrait à ses citoyens quelques avantages matériels comme la prise en charge d’une partie du loyer, une aide couvrant jusqu’à 50% du coût de construction d’une maison individuelle ou pour l’achat d’un véhicule et une modeste allocation chômage. Mais à quel prix?

Les milices kadhafiennes, recycleuses extraordinaires de miliciens et autres criminels zimbabwéens, tchadiens, serbes, bélarusses, syriens ou irakiens, c’est des viols à répétition, de la torture à volonté, de la déshumanisation validée de tous ceux qui sont inférieurs, tous ces « rats » qui refusent d’accepter l’Éden version Kadhafi. Ce n’est donc pas parce que quelqu’un s’oppose à l’hégémonie de l’Occident qu’il faut y voir un héros. Souvent – trop souvent – il ne s’y oppose que pour mieux asseoir sa propre hégémonie. Dans ces cas-là, le nationalisme, plaie de l’État moderne, est le tremplin rêvé pour permettre à un clan donné de faire la mainmise sur les richesses du pays, comme ce fut le cas pour le clan Kadhafi qui, au sein de la National Oil Company (NOC), contrôlait de façon exclusive les ressources pétrolières de la Libye.

L’on comprend que les autoritaires, résolument sado-maso, y trouvent une certaine jouissance. Ils devraient toutefois se rappeler que si, blogue fuschia oblige, nous nous gardons bien de juger leurs fantasmes, lorsque ceux-ci deviennent réels, le consentement des deux parties est absolument nécessaire. Aussi, sont-ils priés de nous garder, à leur tour, en dehors de leurs délires pervers.

2 Comments

  1. Est-ton vraiment libre dans les sociétés dites démocratiques!!! Si ou, à quel prix? J’aimerais bien avoir ta réflexion sur ces questions?

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