Une inimitié héréditaire

Au mois d’août 843, à Verdun, l’Empire de Charlemagne est, par un traité, divisé entre ses trois petits fils en Francie occidentale, Francie orientale et Francie médiane (Lotharangie). La dernière s’effondra presqu’immédiatement. Il fallait s’y attendre; elle était une concession de deux frères guerriers à un frère aîné qu’ils ne respectaient guère. Des deux Francies restantes, l’occidentale devint la France et l’orientale devint l’Allemagne. Elles se vouèrent une inimitié sans bornes qui déboucha à trois reprises sur la guerre, les deux dernières entraînant le monde entier dans leur folie meurtrière.

À la source de ce barbarisme excessif, le choc de deux nationalismes aussi expansifs qu’émotifs, tous deux intéressés à dominer l’autre, ruminant les « humiliations » subies et nourris par un désir de revanche jamais satisfait. Convaincus d’être dans leur bon droit, Francs et Germains se vouèrent une haine quasi-religieuse. Ils le firent si proprement et  le firent si bien qu’ils finirent par provoquer deux guerres mondiales aux conséquences si horribles que l’humanité – réunie en organisation des nations unies – interdit la guerre pour toujours. Les deux belligérants, rendus à l’évidence du ridicule de leur aversion de pantomime, résolurent de se laisser enfin atteindre par la civilisation et s’activèrent à s’aimer avec presqu’autant d’ardeur qu’ils avaient mis à se détester. Et l’Europe – et le monde – s’en porta mieux. Continuer de lire « Une inimitié héréditaire »

Le Résident 

Contrairement aux autres candidats, il est resté silencieux. Il ne promet pas de faire un pont en huit jours, il ne distribue ni sachets d’eau ni allumettes à son effigie. Il ne se fait pas photographier avec deux malheureux paquets de riz alors que sa femme porte un T-shirt à ses couleurs et invitant à voter pour lui. Après Matthew, silence radio. Lui, qui pourtant n’est guère avare de promesses, ne dit rien, ne se montre pas, se tait. Il est ailleurs.

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