Ces dirigeants qui voulurent diriger

Ces derniers temps, de nombreux compatriotes attaquent la thèse du Blanc responsable de tous nos maux en signalant, avec justesse, que celui-ci ne pourrait pas nier les droits de tout un peuple sans l’accord de certains d’entre nous, de la classe politique dégénérée, de la bourgeoisie compradore, de la petite bourgeoisie suceuse … Ils en concluent – et c’est là qu’ils se fourvoient – que le Blanc (lire l’étranger, pas toujours occidental et quel que soit son bagage génétique) n’est qu’une piètre excuse pour tenter de masquer notre incompétence et notre incapacité à nous auto-gérer. Ils oublient – ou ignorent – que, bien trop souvent dans ce monde, vouloir ne suffit pas pour pouvoir. Ils oublient – ou ignorent – que pour avoir osé se mettre debout et dire non, nos prophètes sont tombés nombreux … pendant que nous  nous tenions à l’écart et regardions.

La preuve par neuf. Neuf portraits de dirigeants qui ont voulu diriger et libérer leur peuple. Neuf portraits de résistants morts, assassinés, sur l’ordre de ou avec le soutien complice de nos meilleurs. Continuer de lire « Ces dirigeants qui voulurent diriger »

Les joies d’une Ambassade Américaine

Il y a quarante-deux ans, le 11 septembre 1973, le président chilien démocratiquement élu, Salvador Allende, fut brutalement renversé pour crime de lèse-capitalisme. Déjà en 1958, lorsqu’il rata la présidence de seulement 3%, il inquiétait Washington. En 1964, celui-ci dépêcha la Central Intelligence Agency (et des membres du Département d’État) pour organiser la campagne anti-Allende au Chili à coup de spots radio et TV, posters, affiches, tracts … et de support financier au parti démocrate-chrétien d’Edouardo Frei qui remporta les élections avec 17% d’avance. Le succès fut de courte durée toutefois puisque, le 3 novembre 1970, Salvador Allende devint le premier président marxiste élu au Chili (et en Occident). Pendant trois ans, les États-Unis tentèrent de lui faire payer son outrecuidance par un embargo virtuel destiné à, selon les termes choisis du Président américain Richard Nixon, « faire hurler l’économie chilienne », mais ne réussirent qu’à consolider sa position au Parlement où il gagna une confortable majorité en 1973. Il fallait désormais employer les grands moyens. Le Général Augusto Pinochet, à qui nous devons la tristement célèbre Opération Condor, mit fin à cette dérive démocratique.

C’est un joli paradoxe de l’Empire Bienveillant américain, la plus grande force de bien dans l’histoire de l’humanité, le flambeau de la démocratie et de la liberté, que de promouvoir la démocratie en cherchant à renverser des dirigeants élus démocratiquement. En 1951, la CIA et le MI6 britannique décidèrent de se défaire du gouvernement très populaire et démocratiquement élu de Mohammad Mossadegh parce que, entre autres, celui-ci osa nationaliser, à l’unanimité, l’industrie pétrolière iranienne. Le succès se fit toutefois attendre; Mossadegh résista pendant deux ans aux assauts combinés de Londres et de Washington. Au même moment, la CIA se lançait, au Guatemala, dans ce qui allait devenir l’archétype du coup d’État bien fait, le modèle qui servira de manuel à tous ceux qui ont suivi : l’opération PB Success qui emporta la tête du président Jacobo Árbenz Guzmán, hostile aux intérêts de la United Fruit Company (hispanisée depuis sous le nom de Chiquita et en excellente position sur la longue liste de compagnies que je boycotte). Les États-Unis eurent gain de cause en Iran aussi (1953) où ils soutinrent le très incompétent et non moins détesté Chah jusqu’à la Révolution de 1979 qui leur vaut de s’en mordre le doigt aujourd’hui encore. Continuer de lire « Les joies d’une Ambassade Américaine »