Ces pays qui n’avancent pas

Jeudi soir, après une journée particulièrement frustrante, je discutais avec un ami canado-béninois de l’incroyable nonchalance avec laquelle certains refusent de prendre leurs responsabilités, en étant régulièrement en retard, en ne respectant aucun délai et en n’ayant généralement qu’une très vague idée de ce qu’exige le minimum syndical de l’éthique professionnelle. Connaissant mes réticences quant à toute interprétation essentialiste, il a pris soin de préfacer sa réponse en y faisant référence mais en m’assurant qu’il s’agissait avant tout de rester réaliste :

Patricia, m’a-t-il dit, tu butes constamment contre un mur parce que tu es dans une culture autre que la leur mais refuses de la prendre en compte. […] Tu exiges des rapports chiffrés alors que la culture même du rapport n’est pas encore installée. Tu veux que les gens arrivent à l’heure juste alors que leur rapport au temps s’étend à la journée. […] Tu as des exigences d’efficacité qui ne sont tout simplement pas les leurs. Comprends qu’ils sont aussi déboussolés que toi dans ces cas-là ; vous utilisez des langages différents.

Comme j’insistais que j’étais aussi haïtienne que ceux dont je parlais et que certains avaient, comme moi, fait des études en Amérique du Nord et en Europe, mon ami m’a gentiment interrompu pour me dire que là n’était pas la question parce que « quand [il est] rentré au pays pour aider avec le chantier de [sa] mère, [son propre cousin] qui a fait des études [en Amérique du Nord] comme nous, s’est tellement bien réinstallé dans la culture [d’un pays bien ancré dans le sous-développement] que lui, non plus, ne parlait plus le même langage ». Dans nos deux pays, au Bénin comme en Haïti, existe(rait) une culture de l’à-peu-près qui n’est sans doute pas étranger à notre statut peu enviable de Pays Moins Avancé (PMA), de derniers de la classe sur la scène mondiale.

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