Il était une fois le 16 décembre 1990

Aujourd’hui, le septième épisode de la saga Star Wars, Le Réveil de la Force, sort dans les cinémas en France. Dans ce dernier épisode de la lutte achronique entre les chevaliers Jedi et les Sith, un Jedi (Kylo Ren, neveu du héros Luke Skywalker) est passé du côté obscur de la Force, comme avant lui, un autre Jedi (Darth Vader, le père même du héros). C’est le thème de la série entière: l’équilibre entre le bien et le mal et, en particulier, l’attraction que ce dernier exerce sur ceux qui étaient ou que l’on croyait préalablement bons.

Il y a 25 ans, jour pour jour, le peuple haïtien élisait dans la joie et la bonne humeur, un prêtre adepte de la théologie de la libération qui promettait justice, transparence et participation à un peuple qu’on avait toujours privé des trois. 25 ans plus tard, ce peuple attend toujours que se matérialise ce rêve fou qu’il croyait lavalassement possible.

Un très bon ami qui, dans son adolescence, a cru aux discours et aux promesses d’un lendemain meilleur du prêtre de Saint Jean Bosco, parle en ces termes de son « erreur de jeunesse »:  » Je voulais changer le monde. Et je refusais que le monde me change.  » Tout comme le peuple haïtien qui, ce 16 décembre 1990, s’était mis debout pour élire son premier et,  probablement seul, président démocratiquement élu. Il pensait pouvoir changer le monde (et sa manie de diriger la destinée de la première République noire). Mais c’est le monde qui l’a changé (en un peuple pathétique, à genoux, humilié).

Continuer de lire « Il était une fois le 16 décembre 1990 »

Les joies d’une Ambassade Américaine

Il y a quarante-deux ans, le 11 septembre 1973, le président chilien démocratiquement élu, Salvador Allende, fut brutalement renversé pour crime de lèse-capitalisme. Déjà en 1958, lorsqu’il rata la présidence de seulement 3%, il inquiétait Washington. En 1964, celui-ci dépêcha la Central Intelligence Agency (et des membres du Département d’État) pour organiser la campagne anti-Allende au Chili à coup de spots radio et TV, posters, affiches, tracts … et de support financier au parti démocrate-chrétien d’Edouardo Frei qui remporta les élections avec 17% d’avance. Le succès fut de courte durée toutefois puisque, le 3 novembre 1970, Salvador Allende devint le premier président marxiste élu au Chili (et en Occident). Pendant trois ans, les États-Unis tentèrent de lui faire payer son outrecuidance par un embargo virtuel destiné à, selon les termes choisis du Président américain Richard Nixon, « faire hurler l’économie chilienne », mais ne réussirent qu’à consolider sa position au Parlement où il gagna une confortable majorité en 1973. Il fallait désormais employer les grands moyens. Le Général Augusto Pinochet, à qui nous devons la tristement célèbre Opération Condor, mit fin à cette dérive démocratique.

C’est un joli paradoxe de l’Empire Bienveillant américain, la plus grande force de bien dans l’histoire de l’humanité, le flambeau de la démocratie et de la liberté, que de promouvoir la démocratie en cherchant à renverser des dirigeants élus démocratiquement. En 1951, la CIA et le MI6 britannique décidèrent de se défaire du gouvernement très populaire et démocratiquement élu de Mohammad Mossadegh parce que, entre autres, celui-ci osa nationaliser, à l’unanimité, l’industrie pétrolière iranienne. Le succès se fit toutefois attendre; Mossadegh résista pendant deux ans aux assauts combinés de Londres et de Washington. Au même moment, la CIA se lançait, au Guatemala, dans ce qui allait devenir l’archétype du coup d’État bien fait, le modèle qui servira de manuel à tous ceux qui ont suivi : l’opération PB Success qui emporta la tête du président Jacobo Árbenz Guzmán, hostile aux intérêts de la United Fruit Company (hispanisée depuis sous le nom de Chiquita et en excellente position sur la longue liste de compagnies que je boycotte). Les États-Unis eurent gain de cause en Iran aussi (1953) où ils soutinrent le très incompétent et non moins détesté Chah jusqu’à la Révolution de 1979 qui leur vaut de s’en mordre le doigt aujourd’hui encore. Continuer de lire « Les joies d’une Ambassade Américaine »