Le 13 janvier 2020, à minuit, deux minutes, le Président Jovenel Moïse constatait, triomphant, la fin de la 50ème législature et, ipso facto, l’entrée de sa présidence de la période bénie du gouvernement par décrets – un petit cadeau que se sont assurés nos présidents de l’après 86 peu enclins à organiser des élections législatives. Le Président Moïse avait cependant un avantage sur ses prédécesseurs. Lui, aurait deux ans. Deux longues années pour saisir cette « occasion historique pour les acteurs de se mettre ensemble en vue d’engager les réformes qui doivent aboutir à la transformation de cet Etat prédateur en un État serviteur qui mettra un terme à cette crise permanente qui hypothèque l’avenir du pays”.

Au 25 août 2020, l’Ambassade américaine en Haïti avait assez vu. Aussi invita-t-elle le gouvernement à faire preuve de retenue dans la publication de décrets”. À l’époque, une rumeur enflait sur une éventuelle Constitution par décret et l’Ambassade ne devait pas être très emballée à cette idée. Nonobstant, il n’y eut pas de décret dotant le pays d’une nouvelle Constitution et le 18 septembre 2020, un arrêté présidentiel annonçait un futur référendum organisé par le tout nouveau Conseil électoral provisoire. Crise évitée, donc.

Ces derniers jours, les inquiétudes sont autour de la mise à la retraite de juges de la Cour de Cassation réputés candidats à la Présidence de l’opposition et le décret créant notre version de la CIA, l’Agence Nationale d’Intelligence (ANI). Il en a été question, hier, lors de la participation du Président Moïse à la séance de travail du Conseil de Sécurité de l’ONU relative au rapport du Bureau Intégré des Nations-Unies en Haïti.

Pour tout dire, la séance d’hier était une occasion pour nos meilleurs/tuteurs/gardiens de nous tancer plus ou moins vertement sur notre indiscipline. C’était aussi l’occasion pour le président de la Première République Noire d’essayer de se justifier devant des diplomates lui faisant la leçon comme à un enfant. J’eus honte. Comme d’habitude. Parce que, cette humiliation nationale rituelle, a beau être courante, elle n’en fait pas moins mal.

Pendant la rencontre, je discutais avec un ami des exagérations et autres mensonges d’un Jovenel Moïse égal à lui-même ainsi que des positions plutôt convenues des autres intervenants : La Lime défendant son rapport et sa mission; la Chine (à laquelle Haïti préfère Taïwan) disant qu’on avait gaspillé assez d’argent comme ça; la France qui essaie de rappeler qu’elle était, une fois, notre Métropole. Le représentant de l’Inde s’est montré particulièrement lucide sur la situation du pays. Impressionnée, je l’ai Googlé et j’ai créé une alerte Google pour ses prochaines interventions; j’ai hâte d’en voir les résultats. La position des États-Unis d’Amérique était, elle aussi prédictible, convenue, rien que l’on ne sache déjà, limite rasante.

Aujourd’hui, son Ambassade rappelle, comme elle l’avait sous Martelly, que le gouvernement Haïtien doit mettre un terme à ses publications de décret. Le succès d’une telle annonce sous Martelly ne devrait pas être trop différente sous Moïse.