Votre mère d’origine modeste ne sait pas lire. Et si vous lui appreniez ?

Nos candidats à la présidence en mal d’arguments convaincants ont recours à une pathétique panoplie de faire-valoir qui sont à peu près aussi utiles à un futur Président de la République que des ailes à un poisson. La grande nouveauté en cette saison est celui de l’entrepreneur … qui a fait des choses. Quelles choses ? Ma foi, on ne sait trop. Mais, apparemment, tout candidat doit faire la preuve de sa capacité à gérer une entreprise parce que, évidemment, il n’est de meilleure préparation au service public que l’entreprise capitaliste tournée vers le profit. L’histoire des idées politiques, c’est connu, a été une longue quête pour trouver le meilleur moyen d’accumuler du capital et de tourner toujours plus de profits pour les actionnaires. Les récents succès du capitalisme mondial (crise de 2008, creusement des inégalités, montée en puissance des oligarques …) sont autant de témoignages du bien-fondé de la formule. L’irréfutable réussite de l’Italie de Berlusconi ou de l’Amérique de Bush Jr sont autant de preuves qu’il n’est rien de mieux qu’un entrepreneur pour diriger un pays. Et puis si, un jour, il décidait, par un plan social, de se débarrasser du trop-plein de citoyens nuisant à l’efficacité de l’entreprise étatique, nous pourrions toujours nous inspirer des employés d’Air France et déshabiller son ministre des ressources humaines. Ce serait déjà cela de fait.

Un autre grand classique est celui du candidat paysan et fils de paysan. Ah, le paysan haïtien ! Cette charmante image d’Épinal qui revient à chaque élection avec une régularité de métronome. Les industriels-candidats, les avocats-candidats, les médecins-candidats, les ingénieurs-candidats, les professeurs-candidats … ils sont nombreux à représenter ce paysan qui fait l’objet de nos blagues les plus humiliantes le reste de l’année. Mais rien, absolument rien, ne dépasse l’histoire touchante du candidat d’origine modeste dont la mère, et c’est important, qui ne sait même pas lire, a tout sacrifié pour son éducation. Les données de l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Information sur l’éducation en Haïti placent à 35,5% le nombre de femmes n’ayant jamais fréquenté l’école. Chez les personnes âgées de plus de 40 ans, la proportion grimpe jusqu’à 78%. Et pourtant, ces femmes analphabètes, souvent chefs d’une famille monoparentale (47% des familles, selon l’IHSI), dépensent jusqu’à 30% de leurs revenus pour l’éducation de leurs enfants dont ces fils-candidats.

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