Accéder au contenu principal

Pour stopper RED, boycottez Tropic S.A.

Les affiches douteuses de la boisson RED font parler d’elles. La première fois, une jeune femme magnifique aux lèvres pulpeuses faisait glisser un slip noir sur sa hanche parce que RED. Son regard plongeant, ses reins cambrés, le soupçon de pubis, la langue espiègle qu’elle passe sur ses lèvres carmin … tout est calculé pour qu’elle paraisse s’offrir en récompense à celui qui achète RED. Tout est aussi calculé pour choquer les gens et les faire parler.

« Toute publicité est bonne ». Plus on parle du produit, plus il est connu et plus les gens en gardent le souvenir. Un beau jour, devant un étalage, lorsque la bouteille de RED se présentera, un sentiment de familiarité nous la fera préférer à une autre. Mission accomplie. La publicité, c’est de la propagande. Son but premier est de convaincre le consommateur d’acheter. Pour y arriver, elle utilise les découvertes de la sociologie et de la psychologie à des fins économiques. Qu’elle y arrive en vous rendant jaloux, en jouant sur vos émotions ou en flattant votre ego importe peu. L’essentiel est que vous marchiez. Voilà pourquoi, le sexe, par sa capacité à faire les trois, est très vendeur. Il permet de faire du conditionnement associatif primaire. Vous aimez le sexe. RED vous offre du sexe. Achetez RED. Désormais, il s’agit de faire en sorte qu’un maximum de gens en soient informés. Aussi, les levées de bouclier participent-elles de la stratégie.

Le buzz est un élément vital du marketing viral. Il permet d’amplifier le message au-delà du public initial. Il suffit alors de quelques affiches pour atteindre la République entière. Le plus difficile consiste donc à trouver quelque chose que les gens veulent partager. Les recherches en sciences de l’émotion semblent favoriser fascination, colère et anxiété. Nous sommes plus enclins à partager ce qui nous arrête. Ce qui explique, sans doute, le succès instantané de certain billet écrit par une Citoyenne excédée, et, de façon plus générale, la notoriété des clash, beef et autres controverses.

Une chanteuse à succès, particulièrement douée pour le buzz, l’explique avec une rare clarté :

On dit bien, on dit mal

L’essentiel, c’est qu’on parle

Aussi, parler de RED fait-il le jeu de Tropic S.A. Voilà pourquoi, après la femme qui se déshabille arrive la rappeuse qui nous invite, jambes écartées, sous le bouchon. Les réseaux sociaux s’en sont émus. Le Ministère a la condition féminine a sorti une note. Certain.e.s en ont profité pour s’en prendre aux femmes « sans pudeur ». Un billboard a été enlevé. Le débat a continué autour d’une photo médiocre d’un magazine people s’essayant, sans succès, à être sexy. RED reste présent dans l’actualité, la congruence nécessaire pour imprimer le nom de la boisson dans notre tête continue et Tropic S.A. en profite, dans un silence complet.

La compagnie ne s’est pas excusée. Pourquoi le ferait-elle? Cette controverse sert son produit. Hormis le billboard enlevé de force, les affiches « Anba bouchon » continuent leur campagne abjecte. Sur la route nationale Numéro 3 vers Hinche, par exemple:

La raison en est simple. Ça marche. Chaque internaute qui verra l’affiche relancera le débat et RED en profitera:

On dit bien, on dit mal

L’essentiel, c’est qu’on parle

Aussi, devons-nous faire plus que parler si nous voulons voir un changement réel. Chez Tropic S. A. certes, mais aussi chez toutes les autres compagnies qui font de la publicité en Haïti. Il nous faut agir et ce que je propose est un boycott en règle de tous les produits de Tropic S.A. RED, certes, mais aussi Fiesta, Aquafine Bleue, Ragaman, Splash, Robusto et Tampico.

Les entreprises ont beau manipuler nos émotions pour vendre leur produit, il n’est qu’un seul langage qui leur parle: celui du profit. Vous voulez qu’elles changent, attaquez-vous à leur argent, votez avec votre bourse. N’achetez plus rien qui soit produit par Tropic S.A. et ils saisiront le message.

En attendant, s’il faut absolument que vous vous empoisonniez avec du soda et autres boissons peu recommandables, il doit bien exister d’autres compagnies haïtiennes qui ne voient pas dans (le corps de) la femme une commodité de plus à sacrifier sur l’autel de leurs profits. Achetez vos boissons chez elles.

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils