Le mythe de l’androgyne

Ce matin, un ami et lecteur du blogue, m’a envoyé ce lien vers une vidéo sur Facebook où un philosophe et une dessinatrice de BD présentent, grosso modo, le mythe de l’androgyne. C’est une histoire de nous, de l’autre, et du désir qu’il nous inspire. De l’origine de ce désir. De cette recherche de l’autre nous, notre alter ego, l’âme sœur. C’est un mythe que … Continuer de lire Le mythe de l’androgyne

La richesse est une vertu

Au retour de son premier voyage à l’extérieur après la proclamation de sa victoire aux présidentielles, le Président élu, Jovenel Moïse, a rencontré une presse visiblement peu intéressée à sa visite chez nos voisins – qu’il nous faut, je le répète, arrêter de détester par habitude – et déterminée à obtenir une déclaration sur le fameux rapport de l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) accusant le futur chef de l’État de blanchiment d’argent, entre autres. Dans sa réponse à ces questions, le Président élu a de nouveau rejeté les accusations d’un revers de main, qualifiant le rapport de manœuvres politiques méchantes d « institutions faibles » qui, sous sa présidence, seront « obligé[es] de devenir forte[s] » et « [a]rrête[r] de dire ce qui n’est pas vrai sur un citoyen car chacun à un droit au travail et le droit de devenir riche ».  La loi de chaque bouche s’arrêtant à la diffamation, M. Moïse a annoncé avoir « pris un avocat afin de réparer [s]a réputation » ternie dans cette affaire d’autant que, nous explique-t-il, « la richesse est une vertu ».

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¡Hasta la libertad siempre!

Je n’ai pas voulu parler de la mort de Fidel Castro. Je n’aime pas parler de la mort; j’accepte son inéluctabilité mais elle ne m’inspire guère. Je n’aime pas parler de Castro; je n’ai jamais trop su comment me sentir par rapport à lui. Aussi, avais-je résolu de laisser parler les autres, du très (trop?) effusif Justin Trudeau, saluant le départ d’un « leader plus grand que nature, [qui] a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain », au trumpien Donald Trump dénonçant « un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple », en passant par le très mesuré Barack Obama laissant le soin à l’histoire de juger « cette figure hors norme ».  Continuer de lire « ¡Hasta la libertad siempre! »

Ne pas de tromper de combat

La lutte des classes n’aura pas lieu

Le premier théoricien de la lutte des classes n’est pas Karl Marx, économiste allemand fauché vivant aux crochets de sa femme puis de son ami et collaborateur Friedrich Engels, mais Platon, aristocrate grec d’une famille célèbre déçu par la démocratie et décidé à la remplacer par un gouvernement de sages (la sophocratie). Ce régime du roi-philosophe procède d’une philosophie totalitaire et conservatrice prônant une « cité idéale » illibérale et inégalitaire où le destin de l’individu est lié à celui de la cité tel que conçu et validé par les aristoï (άριστοι, meilleurs). C’est le communisme platonicien, celui de La République, où la classe aristocratique a en commun famille et avoirs.

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Des flammes et de l’eau

« Si quelqu’un te parle avec des flammes, réponds-lui avec de l’eau » c’est par ce proverbe peul,  qu’il a un peu retravaillé, que le slammeur Souleymane Diamanka nous introduit à la sagesse de son peuple. S’installant dans le prolongement de la tradition des griots, il nous apporte, par la poésie verticale du Slam, des millénaires d’expériences qui se sont propagées, d’une oreille à l’autre, par le truchement d’une oralité plus ou moins codifiée. Généralement « transmise par le sang », la fonction de griot dans la communauté est centrale. Dépositaire de la tradition orale, le griot est porteur de savoirs et de mystères qu’il transmet au besoin, selon un rythme convenu, aux membres de la communauté. À chacun de ses mots est rattaché un précieux fragment de l’histoire certes, mais surtout de l’âme d’un peuple, ce qui l’anime, ce qui le constitue, ce qui le définit.

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Démocratisons notre démocratie

Faisons un truc fou. Un truc de malade. Un truc dingue. Invitons le demos à notre démocratie. Nous avons déjà tout essayé. Cela ne peut faire de mal. D’accord, nous sommes nombreux à croire :

  • avec Socrate – et ce cher Aristophane – que le demos est un animal instable et aveugle;
  • avec Platon qu’il n’est pas « sage » – lire instruit – et donc incapable de gouverner;
  • avec Flaubert qu’il est un éternel mineur;
  • avec Hugo, qu’il est un âne qui se cabre;
  • avec Voltaire qu’il est la canaille.

Les penseurs qui s’accordent pour parler mal du peuple sont aussi illustres qu’érudits; ils ont peut-être quelque raison. Mais, je le répète, nous avons déjà tout essayé. Surtout en gouvernements monocratiques (colonie esclavagiste, empire mimétique, royaumes adynastiques, républiques autoritaires). Un peu de délibération ne peut pas faire de mal. Mieux, il est dans notre intérêt bien compris que le demos se saisisse de sa démocratie. Sinon, nous risquons de tomber dans l’ochlocratie. Et là, les choses seront infiniment plus compliquées.
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