Jésus de Nazareth

Pour attester de l’existence du plus célèbre des juifs – avec Karl Marx – on use généralement de trois catégories de sources : romaines, juives et chrétiennes. Les sources romaines, pays concordataire oblige, sont bien connues chez nous. Surtout Pline le Jeune, proconsul de Bithynie, né 61 après Jésus-Christ et qui, vers l’an 110 parlait dans sa lettre (X, 96, 5-7) à l’empereur Trajan de … Continuer de lire Jésus de Nazareth

De quoi un discours est-il fait?

Au début de ma grande et belle aventure dans l’enseignement supérieur en Haïti, la correction des copies des étudiants – de première année – a été, de loin, la tâche la plus éprouvante qu’il m’ait jamais été confiée. Pour être tout-à-fait honnête, cela l’est encore – j’ai simplement réussi à trouver de meilleurs outils pour gérer l’épreuve. Ce n’était pas qu’une question de langue. Je suis de celles qui croient que, tant que les gens arrivent à se faire entendre, le reste est secondaire. Le problème venait du grave défaut de cohérence interne dans l’argumentaire présenté; une importante partie des copies se contentant d’aligner des phrases glanées ci et là, au détour d’un cours, d’un livre ou d’une émission quelconque.

Au premier devoir, j’étais cassante. Ils m’avaient forcée à faire des efforts de compréhension surhumains pour un piètre résultat et je n’allais pas me gêner pour le leur faire savoir:

J’ai l’impression que vous avez jeté des mots en espérant que, au contact du papier, ils auront un sens.

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Lè Bondye pa vle wè fanm

Nan kòmansman te gen lavi. Lavi te nan fanm, li pat sèlman nan fanm, li te fanm. Lavi se  te « Venus Berekat Rham »  premye moun yo te taye nan wòch sa gen 800 000 lane. Lavi te tout estati sa yo nou jwenn premye moun yo te taye kite pou nou kote yo tap selebre pouvwa fanm genyen. Nan kòmansman fanm te nan nannan lavi. Tout bagay te pase pa li. Majisyèn, deyès ki bay pitit, ki bay lavi. Li te lajwa ak lanmou, li te konn konsole, fè moun vin pi fò. Nan al chache pataje moun li ye a, al chache fè lòt la menm jan avè l, li ofri l yon pòm epi men ni ki bay kòd pou yo pase nan kou li. Continuer de lire « Lè Bondye pa vle wè fanm »

Lè Mizojini tounen Bondye

Nan kòmansman, te gen lavi. Lavi, se andedan fanm li te ye. Lavi, se fanm ki te bay li. Lavi, se te fanm. Se te Vénus de Berekat Rham homo erectus (yonn nan premye moun sou latè) te taye nan wòch sa gen plis pase 800 000 lanne. Lavi, se te tout medam tan lontan sa yo, yonn apre lòt, ki te sèvi ak bèl fòm kò yo pou selebre pi gwo pouvwa fanm ka genyen : kapasite fè pitit. Nan kòmansman, fanm te nannan lavi. Tout bagay se te pou li. Li te fè maji, li te yon deyès, li te bay lavi. E anyen pa t anyen san li menm ki te bay lavi. Nan li, te gen lajwa, abondans ak lanmou. Li te sèvi refij kont lakrent ak laperèz. Li te deside pataje konesans li, fè lòt la vin egal li. Lè li te ofri l pòm lan, li te vann tèt li san l pa konnen paske li te fè l konfyans twòp. Continuer de lire « Lè Mizojini tounen Bondye »

La richesse est une vertu

Au retour de son premier voyage à l’extérieur après la proclamation de sa victoire aux présidentielles, le Président élu, Jovenel Moïse, a rencontré une presse visiblement peu intéressée à sa visite chez nos voisins – qu’il nous faut, je le répète, arrêter de détester par habitude – et déterminée à obtenir une déclaration sur le fameux rapport de l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) accusant le futur chef de l’État de blanchiment d’argent, entre autres. Dans sa réponse à ces questions, le Président élu a de nouveau rejeté les accusations d’un revers de main, qualifiant le rapport de manœuvres politiques méchantes d « institutions faibles » qui, sous sa présidence, seront « obligé[es] de devenir forte[s] » et « [a]rrête[r] de dire ce qui n’est pas vrai sur un citoyen car chacun à un droit au travail et le droit de devenir riche ».  La loi de chaque bouche s’arrêtant à la diffamation, M. Moïse a annoncé avoir « pris un avocat afin de réparer [s]a réputation » ternie dans cette affaire d’autant que, nous explique-t-il, « la richesse est une vertu ».

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Senatus Scribendi

Dans un monde où règne la démagogie, dans un pays où les démagogues sont rois, une nouvelle génération perpétue une vielle tradition. Refus d’un candidat de participer aux élections, festival contre l’homophobie, culture populaire, aide humanitaire post-cyclone … aucun sujet ne rebute nos intrépides sénateurs. Quand le pays va mal, quand catastrophes naturelles et humaines s’abattent sur nous, nous pouvons leur faire confiance pour s’attaquer, plume à la main, à la racine réelle du problème: ceux qui ne sont pas nous.

Certain Sénateur, mathémagiquement élu grâce à un mode de calcul appliqué exclusivement à lui-même et un autre collègue, est passé maître dans la question. Il caresse son électorat dans le sens du poil, en flattant son orgueil mal placé, en jouant sur sa culpabilité hypocrite, en encourageant les attitudes discriminatoires allant jusqu’à surenchérir pour donner une voix à et légitimer notre propre panier de déplorables. Continuer de lire « Senatus Scribendi »

La truffe

Par un beau jour de printemps, alors qu’elle allait gaiement par un parc étranger, une petite fille s’arrêta brusquement, figée par la vue d’une étrange boule noire toute bosselée. C’est son odeur qui l’avait arrêtée. Un parfum intense et puissant aux senteurs de la terre, aux senteurs de la mère, aux senteurs de la vie. Elle comprit instinctivement qu’il lui fallait l’avoir. Elle se pencha, la ramassa puis la serra contre elle. Elle ne savait qu’en faire mais n’en avait que faire. Elle savait la vouloir et ça lui suffisait. Elle la mit en conserve dans un joli bocal et se contenta longtemps de garder avec elle son arôme si unique.

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On s’en bat les couilles, ils voulaient l’argent.

Alors que, avec l’arrestation de Salah Abdeslam, le logisticien de Daesh, reviennent dans l’actualité les attentats de Paris, un petit billet que j’avais oublié de publier … parce que la connexion Internet dans l’avion m’avait lâchée puis parce que Noël. Il date du 24 décembre 2015.


 

Jawad Bendaoud, le logeur de Daesh, a avoué : Il se doutait que la Syrie dont parlait ses clients n’était pas celle d’Apple, que leur bombe n’avait rien d’une soirée pyjama et que leur leurs grenades n’étaient pas des fruits exotiques. Il s’en doutait mais, « on s’en bat les couilles » , il voulait l’argent.

Jean Francky Guerrier, Edison Barthélemy, B. William Géraldy et Jepson Désir, les ravisseurs de Saahmie ont avoué : ils se doutaient pendant les négociations pour faire baisser la rançon et les démarches pour trouver l’argent qu’ils devraient tuer leur otage puisque celle-ci connaissait très bien l’un d’entre eux. Ils s’en doutaient mais, « on s’en bat les couilles », ils voulaient l’argent.

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Et la misogynie se fit Dieu

Au commencement était la vie. Et la vie était dans la femme. Et la vie était par la femme. Et la vie était la femme. Elle était la Vénus de Berekat Rham taillée dans la pierre par l’homo erectus, il y a 800 000 ans. Elle était toutes ces vénus paléolithiques qui ont suivi, célébrant, par leurs formes généreuses, le pouvoir féminin par excellence : la fertilité. Elle était,  au commencement, au cœur de la vie. Tout fut par elle, magicienne, déesse procréatrice. Et rien de ce qui fut ne fut sans elle qui donnait la vie. En elle était la joie, l’abondance et l’amour. Elle était le doux refuge contre la crainte et la peur. Elle voulut partager son savoir, faire de l’autre son égal, offrit une pomme et signa, trop confiante, sa reddition.

En 2013 est parue une intéressante Histoire de la misogynie de l’Antiquité à nos jours (de Adeline Gargan et Bernard Lançon) retraçant les retombées de cette reddition. Les auteurs se lancent dans une étude archéologique de la défiance, du mépris, voire de la haine dont la femme a été victime au cours de l’histoire, de la Grèce archaïque à nos jours. Si l’ouvrage n’a ni la charmante impertinence ni la belle delicieuseté de La Chair interdite de Diane Ducret, il met merveilleusement en lumière l’invariance de la pensée misogyne d’un mythe à l’autre.

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