La grande question sur ce blogue depuis le magnicide de Jovenel Moïse est de savoir si le coup d’État contre lui a échoué ou réussi. Les récentes nouvelles quant à une implication présumée du Dr Ariel Henry dans l’assassinat du président de la République et la marche endiablée de son administration vers l’a-légalité la plus primaire nous forcent toutefois à considérer une autre avenue. Celle d’une nouvelle forme de coup d’État consensuel où des acteurs politiques, locaux et étrangers, du gouvernement comme de l’opposition, auraient réussi à s’entendre pour se débarrasser d’un ex-Seigneur de la banane décidé à leur rester en travers la gorge.

Hier soir, de guerre lasse, l’ambassadeur Daniel Foote, dépêché par les États-Unis d’Amérique le 22 juillet dernier comme envoyé spécial, a prétexté du traitement inhumain des migrants haïtiens à la frontière mexicaine du Texas pour larguer le char.

À lire cette lettre, il semblerait que l’ancien ambassadeur américain en Zambie a vraiment cru qu’il pouvait faire quelque chose. Jusqu’ici, je pensais qu’il savait et jouait le jeu. Après tout, le Core Group continuait de jouer aux Frankensteins, Ariel Henry signait un accord avec les lokeurs, les gangs continuaient de nous terroriser. J’avais bien prévenu quelques personnes en privé de ne pas compter sur Monsieur Foote mais je ne m’étais jamais attendue à ce que Monsieur Foote comptasse sur lui-même.

La chose est d’autant plus inattendue que, comme le signalait, dès le départ, le Sénateur Patrice Dumont, il s’agissait d’un « officiel américain de plus ». Il n’était « spécial » que de titre. Mais notre quête de l’Onction du Blan est tel qu’elle nous fait espérer la trouver même chez le plus insignifiant d’entre eux. Au point que le malheureux ait fini, lui-même, par croire dans la charade ?

Toujours est-il que, maintenant qu’il est parti, le voile qu’il représentait n’est plus. Mais c’était un voile tellement transparent qu’il ne révélait que plus avant la nudité de ce club d’ambassades qui se plait à sortir une note pour « encourage[r] les efforts entrepris par [un] Premier Ministre » sur qui existe des doutes quant à son implication éventuelle dans l’assassinat de celui qui l’a nommé moins de 48 heures avant qu’un commando ne l’abatte chez lui, en pleine nuit, leur homme qui venait de virer son ministre de la Justice et un commissaire du gouvernement voulant le faire inculper pour assassinat.

Le désormais ancien commissaire du gouvernement de Port-au-Prince soutenait alors que le chauffeur du Dr Ariel Henry, un certain Patrick Dormévil, était un ancien policier révoqué ayant de très bonnes relations avec le fugitif Marie Jude Gilbert Dragon réputé impliqué dans l’assassinat de Jovenel Moïse. Le New York Times soutient que le choix d’Henry aurait été celui de l’ancien président Michel Martelly et que, avant de nommer le chirurgien à la Primature, le Président Moïse avait demandé de garder en place les personnes mêmes que le Dr Henry vient de virer. Quant on sait que la conspiration est partie du Sud de la Floride avec un pasteur qui rêvait d’être président pour se muer en assassinat d’un président en vue de son remplacement par une Diamant en maison verte et se terminer sur un premier ministre sans président, il y a de quoi se demander si un complot aussi vaste, impliquant autant de gens, a pu se dérouler à l’insu du plein gré de nos meilleurs.

Un ami me demande amusé « se koudeta, stp? La ficelle est grosse ». En effet. Et puis, il y a le FBI qui arrive, fait un tour et s’en va. La DEA dont le nom a été utilisé pour faire diversion. Les deux qui avaient des informateurs parmi les mercenaires mais curieusement n’ont pas été informés de ce qui allait se passer. « Aura-t-on voulu se débarrasser de Jovenel Moïse et en profiter pour récupérer quelques anneaux à placer chez l’orfèvre? Une sorte de coup d’État par consensus où les complices dans l’assassinat de Jovenel Moïse et les complices de Jovenel Moïse dans les crimes de son régime se retrouveraient ensemble? » La question a du mérite. Il semblerait que le seul accord réel depuis la mort de Jovenel Moïse soit celui de sa mort.

Certes, il est bien cet accord pour une gouvernance qui nous pèse, mais il s’agit d’un accord qui va, selon toutes probabilités, se terminer en coup d’Ertha (Pascale Trouillot) – où le même sort du Conseil d’État sera réservé à l’Autorité de Contrôle et de Suivi.

En attendant, alors que les condamnations fusent de toute part, le Secrétaire d’État américain, Anthony Blinken, s’assure de féliciter Ariel Henry pour son soutien au rapatriement des migrants haïtiens. Exprès. Pour lui rappeler qu’il est là au bon gré de l’Oncle, à qui il est redevable et uniquement.