La loi de ma bouche

Présidence à itération : La Guinée équatoriale des Obiang

Sur sa page Instagram, le Vice-président de la Guinée équatoriale affiche avec bonheur ses “biens mal acquis“. Voitures de luxe, maisons de rêves, vêtements haute couture … Poursuivi et/ou jugé en Suisse, en France et aux États-Unis, il semble pendre un malin plaisir à narguer la justice des pays occidentaux et leurs multiples saisies de voitures et autres produits de luxe. La Suisse saisit une vingtaine de voitures et les vend aux enchères pour 21.6 millions de dollars; il débarque chez le juge avec d’autres voitures encore plus luxueuses. Cela fait 10 ans que cela dure, il a eu le temps de développer une routine.

Teodoro Nguema Obiang Mangue – Teodorin pour faire court – est le fils de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le plus ancien président en exercice au monde. Nommé président de la République en 1982 par le Conseil suprême militaire pour un mandat de 7 ans, il est depuis immanquablement réélu à la tête de la Guinée équatoriale où depuis 2012, son fils l’assiste d’abord comme deuxième vice-président (jusqu’à 2016) puis vice-président (depuis 2016).

Comme bien des histoires de présidence par itération, celle de Teodoro Obiang commence par un coup d’Etat. Vainqueur de l’élection présidentielle du 29 septembre 1968, le Président Francisco Macias Nguema – qui présidera à la proclamation de l’indépendance, le 12 octobre suivant – s’était autoproclamé, le 14 juillet 1972, président à vie, se créa un culte divin et bannit l’utilisation du mot “intellectuel“. Le 29 juillet 1973, une nouvelle Constitution instaurant un Etat unitaire est adoptée. Au mois de novembre 1973, la capitale Santa Isabel est rebaptisée Malabo, débutant une politique d'”africanisation” qui verra le démocide ou l’exil de la moitié d’une population de 350 000 âmes, l’interdiction de l’éducation et de la médecine “occidentales”, la création en 1975 d’une nouvelle monnaie – l’ekuele – et l’interdiction du culte catholique, en juin 1978; possiblement l’indignité de trop.

Le 3 août 1979, son neveu – un cousin éloigné – le lieutenant-colonel Teodoro Obiang Nguema, décide qu’il était temps de sauver le peuple de son oncle et de ses violations systématiques des droits de l’homme. Un Conseil suprême militaire – qu’il préside – est créé, le culte catholique est de nouveau autorisé et l’ancien président est jugé et exécuté le 29 septembre.

L’année 1982 est l’année de la consécration d’Obiang et de sa présidence par itération. Elle débute littéralement par une visite du Pape, le 18 février 1982. Le 2 août 1982, la veille du troisième anniversaire du coup d’Etat contre son oncle, il est nommé président de la République pour 7 ans. Le 15 août, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum et le Conseil militaire s’autodissout (octobre). Désormais seul à la tête du pays, le Président procède à des changements majeurs : le pays adopte le franc CFA (janvier 1984) ; le parti présidentiel, le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), est créé (janvier 1987) et sa réélection assurée (1989).

Depuis, la présidence de la Guinée équatoriale est une succession de scandales de trafic de drogues, de revenus pétroliers déposés directement sur le compte de la famille aux États-Unis, de coups d’État ratés et d’arrestations d’opposants – avec, en filigrane, la manne gouvernementale du pétrole les frasques de Teodorin, grand enfant de 51 ans dont la maman s’efforce de garantir la future présidence lorsque le père ira à la retraite – possiblement en 2025, une révision constitutionnelle ayant limité le nombre de mandat présidentiel à deux ans.

En attendant, dans ce pays pétrolier où la pauvreté et le chômage sont endémiques, le peuple continue de réélire son Président, même en plein 21e siècle, avec des scores soviétiques – 97% en 2002, 94.5% en 2009, 93,7% en 2016 – loin devant son ami prochain invité de cette série sur les présidences à itération, Paul Biya, qu’il a chaleureusement félicité pour sa dernière victoire aux présidentielles camerounaises, avant même les résultats officiels – Biya s’était offert un confortable 71,09%.

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