La loi de ma bouche

Haïti a besoin d’une intervention et c’est urgent

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D’après le nouvel IPC (Integrated Food Security Phase Classification), un Haïtien sur 4 a besoin d’assistance alimentaire en urgence. Environ 4 millions de nos frères et sœurs ont faim – dont 1 million se trouvant dans une situation qualifiée d’urgence alimentaire. Des décennies d’instabilité politique, de catastrophes naturelles, d’inflation, d’inégalités chroniques, de corruption, de gangs et autres caractéristiques du cocktail particulier de l’insécurité en Haïti a poussé plus de la moitié d’un peuple fier sous le seuil de la pauvreté, avec 22% de ses enfants souffrant de malnutrition chronique.

Les débats dans l’espace public ne s’embarrassent pas d’insécurité alimentaire généralisée et d’enfants malnutris. Ils n’en ont cure. Voilà 3 ans qu’ils ne tournent qu’autour du renvoi de Jovenel Moïse. D’abord parce que Petrocaribe, puis parce que Insécurité et désormais parce que Fin de mandat. En clair, les raisons pour lesquelles Jovenel Moïse doit partir importent peu : il le doit parce que, dans ce viol collectif, c’est chacun un tour.

Tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin, elle se casse. La pression était trop forte, certains neurones ont cédé. La schizophrénie est actée. La dissociation complétée. Nous avons perdu la boule.

Je suis consciente qu’il me faut faire l’effort de ne pas user d’un langage psychophobe et de faire attention à ma façon de parler d’affections mentales. Mais lorsqu’on parle de son pays et donc de soi, peut-on être psychophobe ? Est-il un guide ? Un manuel ? Je suis perdue. Si la perte de boule est collective, est-ce donc faire preuve de sanisme que de le signaler ? Dans les troubles dissociatifs, arrive-t-il qu’une personnalité soit suffisamment saine pour convaincre les autres de la nécessité de consulter ?

Car, il nous faut consulter, mes cher.e.s compatriotes. Nous n’allons pas bien. Et il importe de le reconnaître. Nos priorités sont à revoir. Notre perception de la réalité, hors de contrôle. Nous allons mal et il nous faut de l’aide. Il nous faut une intervention. Et vite.

Jusqu’ici les interventions de l’Oncle Sam et de la Tante Europe ont surtout consisté à nous taper sur les doigts et ajouter aux multiples expériences traumatiques qu’ils nous ont déjà valu. Aussi suggéré-je une approche nouvelle, de nouveaux visages, pas pour traiter le mal, mais pour nous faire admettre la réalité qu’il est là et qu’il nous le faut traiter.

Peut-être que Birgitte Nyborg

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