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Des magazines dégradants et des fans déçus

Il existe une différence importante entre une artiste et une célébrité. Lorsqu’une artiste décide de devenir une célébrité cela entraîne certaines attentes. La célébrité implique une certaine démocratisation de votre image et vient avec un public à entretenir et satisfaire. Et donc, oui, elle s’accompagne d’une certaine commodification, une sorte d’accord commercial vous permettant de vendre toutes sortes de choses à ce public et qu’à son tour il définisse ce que vous devez lui vendre. Votre art, évidemment, mais aussi toutes sortes de babioles aussi inutiles qu’indispensables à la société de consommation : jeux de hasard, systèmes pyramidaux, rouges à lèvres …

Nous avons déjà eu à voir avec Alcibiade  – et dans une moindre mesure Erostrate –  comment la célébrité peut être orchestrée pour influencer l’opinion publique. Il existe d’ailleurs aujourd’hui un nouveau métier constituant exclusivement à influencer, par la magie des réseaux sociaux, des millions de gens. Toutefois, comme nous le disions à l’époque déjà “[l]e bon propagandiste sait qu’il faut caresser le public dans le sens du poil. Se placer de son côté. Partir d’opinions courantes pour les canaliser dans le sens qu’on souhaite.” L’influence n’est donc pas à sens unique.

C’est le fameux ” je suis suis leur chef, il fallait bien les suivre” d’Alexandre Auguste Ledru-Rollin. C’est aussi le parti Républicain se gardant de désavouer les théories électorales complotistes des Trumpistes par peur de perdre cette base importante de leur électorat.

La relation de célébrité à public a beau être parasociale, il n’en demeure pas moins qu’elle est de plus en plus constituée – autocommunication de masse oblige – d’une importante intensification des interactions parasociales donnant une fausse et paradoxale impression d’intimité avec la personnalité en question. Après tout, cette communication constante avec l’autre signifie que nous la connaissons et sommes en droit de la féliciter comme de la réprimander, n’est-ce pas ?

Je ne suis pas une artiste. Ni une célébrité. Encore moins une influenceuse. J’ai un gentil blogue de rien du tout que quelques dizaines de milliers de gens se sont décidés à suivre. Nous avons généralement un accord – et je le crois bien compris – que si j’écris quelque chose qui leur plaît, je m’en réjouis et que si j’écris quelque chose qui leur déplaît, je ne m’en réjouis pas moins. C’est dans l’ordre des choses. Je ne suis pas une célébrité. Je n’entends pas en devenir une. Du reste, j’ai le mal de public.

Une telle position me laisse énormément de latitude par rapport au public et le public en a autant par rapport à moi. Si certaines interactions parasociales ont lieu de temps à autre, aucune relation parasociale n’a pu s’établir. Mes lecteur.rice.s savent ce que j’écris; de moi ils savent peu. C’est voulu et entendu. Des deux côtés, je veux croire. Cela veut dire que mon influence est moins prégnante. C’est voulu et entendu. Des deux côtés, je crois savoir.

Si, par malheur, je me décidais un jour à m’adapter pour devenir célèbre, ce serait mon choix. Délibéré. Si je m’étais décidée à “devenir” ce que, un temps, certains sur les réseaux sociaux voulaient me voir devenir, ç’aurait été mon choix. Délibéré. Ce n’est pas que j’aurais succombé à la pression, c’est que j’aurais décidé – pour mes raisons personnelles – que cette pression me convenait. Et ce n’aurait pas été plus mal.

Il était une fois une superbe chanteuse que j’ai rencontrée il y a 5 ans alors que je lançais une sorte de café artistique à l’université. C’était conçu pour promouvoir les talents de nos étudiant.e.s mais pour attirer ces derniers il nous fallait des artistes confirmé.e.s susceptibles d’inspirer les nôtres. La toute première de ces artistes était en tournée de presse pour un prix international et nos intérêts de promotion s’alignant, elle accepta d’ouvrir le café.

Je n’avais jamais entendu parler d’elle avant. Ce qui n’était guère étonnant, je suis peu en phase avec l’industrie musicale haïtienne. J’admirai toutefois, sans réserve, sa présence sur scène et la puissance de sa voix. Je crois le lui avoir dit en lui souhaitant le plus grand succès avec le prix.

Depuis, je n’ai arrêté de suivre sa carrière – prenant de ses nouvelles à chaque fois que j’entrais en contact avec des gens de son entourage. Au début de l’année 2019, lorsque son style et son image publique commencèrent à changer, je me rappelle avoir légèrement suggéré, en privé, qu’on l’invite à un peu plus de sensualité et un peu moins de sexualité pour une image plus raffinée.

Je crois qu’elle a généralement réussi à établir cet équilibre. Je crois aussi qu’elle a réussi avec brio à prendre en main sa carrière et je m’en réjouis pour elle. Hormis certain hit avec certain batteur de femmes que je ne peux me résoudre à écouter, j’ai suivi avec satisfaction son passage d’artiste à artiste célèbre. Je l’ai vue, régulièrement dans ses spectacles, mettre d’autres artistes en valeur. Je l’ai vue, comme déjà en 2015, tour à tour, fan et mentor. Je l’ai vue aussi, sublime, prêtant son image à des entreprises peu inspirantes.

Ma satisfaction importe peu toutefois. La seule qui importe est la sienne. Et si, ma foi, cela implique qu’elle pose – splendide – pour un affreux magazine ayant la fâcheuse habitude de souhaiter des joyeux anniversaires à des prédateurs sexuels, eh bien, soit.

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Patricia Camilien Tout afficher

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4 thoughts on “Des magazines dégradants et des fans déçus Laisser un commentaire

  1. Définitivement ton style demande un dépassement de soi pour capter l’indéchiffrable. Moi aussi j’ai suivi l’Artiste et entre la Sensualité et la Sexualité le choix est difficile. Mes compliments et c’est toujours un plaisir de te lire.
    Salutations distinguées et Joyeuses fêtes.

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