La loi de ma bouche

Les accusations contre Dangelo Néard… jusqu’ici

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Cela me répugne tout autant de continuer à parler de Monsieur Néard mais la lutte pour la dignité exige des sacrifices. Puisque l’on me bombarde depuis quelques jours d’argumentaires qui n’en sont pas, il me semble qu’il est temps de réagir à au moins l’un d’entre eux: celui qui tente de présenter la victime comme une fabulatrice envieuse décidée à faire tomber un homme puissant (!). Ce n’est pas qu’un tel discours ait un quelconque mérite – c’est même possiblement l’un des plus bêtes – mais c’est un tel classique dans l’arsenal de défense de la compagnie des violeurs, violeurs frustrés et affiliés, qu’il vaut peut-être un billet.

Je n’en suis pas intimement convaincue toutefois. Aussi vais-je boire la dégoûtante bouillie de côté, en vous présentant une petite liste des accusations contre Dangelo Néard jusqu’ici.

Le texte de Mitsouca Célestin ayant été le premier à faire son chemin sur ce blogue, nous commencerons par lui. Il y est question de harcèlement sexuel sur deux jeunes filles mineures et sur une jeune femme adulte. Un extrait me semble particulièrement utile pour comprendre l’horreur de la situation, je le reprends donc ici:

D’abord, l’homme, avec son grand sourire, me proposa d’être sa femme le temps de cette résidence. Proposition gentiment déclinée, car à mes yeux, il n’est qu’un plaisantin avec ses moments de fulgurances référentielles. Une espèce de bibliothèque sur pattes qui vous sort des citations à tout bout champ.  Mais, très tôt, j’ai entendu un son creux. Voyez-vous, le problème avec les bibliothèques sur pattes, c’est qu’elles ne sont remplies que par la voix poussiéreuse des autres. Rarement y trouve-t-on le génie de l’homme. Rarement entend-on gronder de ses profondeurs sa voix tâtonnante, imbécile, sa voix qui ne sait pas, vacillante, sa voix qui hésite, muette. 

Puis, il sera moins amusant quand un soir, il débarquera dans ma chambre sans y être invité. Cette scène est assez rigolote quand j’y repense. Je le vois encore, torse nu, en caleçon sur ses jambes courtes, sauter dans le lit pour nous proposer, car je partageais la chambre avec une autre jeune fille, un plan à trois. Entre la surprise et l’énervement, j’ai choisi tout simplement de quitter la chambre. Il fut forcé d’abandonner et de regagner ses appartements. 

Il est important que vous sachiez que tout ceci se passait au vu et au su de tous. Je veux que vous voyiez l’homme traverser toute la résidence, torse nu et en caleçon, pour aller imposer sa présence virile à deux mineures qui n’ont rien demandé. Je veux que vous voyiez l’assurance de l’homme dans sa démarche prédatrice, à laquelle visiblement, rien ne fait obstacle. Voyez cela. Élargissez maintenant vos pensées sur tout le milieu culturel. Vous pouvez aussi, si vous le souhaitez, les élargir sur tout le territoire national, vous obtenez là, un beau défilé d’humains de toutes couches sociales confondues, se prosternant allègrement devant Saint-Phallus. En d’autres termes, nous appelons cela la culture du viol.

Mitsouca Célestin, « Dangelo Néard m’a harcelée », AyiboPost, 4 septembre 2020

Puis, il y a l’auteure anonyme du Nouvelliste qui raconte son viol par un marchand de bonheur.

La vérité est qu’il m’a violé. De sang-froid. Il n’était ni saoul, ni trop amoureux de moi. Il était lui, cette figure qui annonce une finesse dangereuse, une probité sans chaleur, l’égoïsme d’un homme habitué à concentrer ses sentiments dans la jouissance de l’avarice. Il était comme à son habitude : un homme plein de bonheur.

J’ai attendu longtemps pour en parler. C’était difficile. J’aidais à peine ma petite sœur à se remettre d’un viol que j’en subissais un moi-même.

[…]

Mon violeur court toujours les rues, avec son visage rieur, visiblement en quête de bonheur ou d’autres jeunes filles à violer. Qui sait? J’ai parlé de ma mésaventure à d’autres. Toujours rien. La douleur des jours s’en va comme vont et viennent les vagues. Mon amour propre en ressort déchiquetté. Comme les tumultes des vagues, je ne suis pas apaisée.

Des semaines se sont écoulées, plus la nouvelle se répandait, moins il se passait quelque chose. J’ai donc été forcée de me regarder, de regarder ma vie à la lumière crue de mon existence et aux peignes fins de ma douleur. J’ai alors discerné en moi une source de puissance venant de cette expérience dont je suis ressortie secouée mais bien plus forte. Ce que j’ai ressenti au cours de cette période m’a aidé à élucider bien des questions sur ce qui peut transformer le silence en paroles et en actes. J’ai donc essayé de parler.

Anonyme. “Je ne le laisserai pas éteindre mon soleil”, Le Nouvelliste, 10 août 2020. (Publié par Mariah C Shéba Baptiste).

Il y a ensuite les témoignages d’internautes sur Facebook que je vais laisser parler d’eux-mêmes en publiant quelques captures d’écran (tirées de publications publiques sur Facebook).

Et puis, il y a les nombreux messages reçus, par Whatsapp, de lecteur.rice.s de ce blogue dont :

  • ce responsable de médias qui a travaillé avec lui sur un projet avec une organisation internationale, a averti celle-ci des graves allégations qui existaient déjà à l’époque contre Monsieur Néard, des allégations qui l’auraient fait virer n’importe où d’autres dans le monde, mais qui n’ont rien changé ici, en Haïti  – d’où ma décision de lancer la campagne de courriels à RFI, comme pour tenter de réparer.
  • cet ancien étudiant qui m’expliquait que le distributeur de bonheur était réputé recruter de jeunes adolescentes “ouvertes d’esprit” et, même, défiance extrême, le faisait chez lui.
  • ces personnes diverses qui m’assurent qu’il s’agit d’une affaire de club, de réseau et non d’un seul individu – avec quelques-unes indexant un cercle intellectuel particulier.

Tout cela, c’est sans compter les menaces et tractations visant à faire taire dont Monsieur Néard est accusé:

Des rumeurs d’Internet qui ont même provoqué cette réaction de Chenald Augustin, assistant-directeur de communication à la Primature et collaborateur de l’émission Forum à la Radio Télévision Caraïbes où Monsieur Néard avait son émission sur les livres. Il y met en garde le pourvoyeur de bonheur contre la tentation de s’en prendre à / d’assassiner un collègue poète.

Cela en fait beaucoup d’envieux déterminés à attaquer le pauvre bonhomme. En attendant, un appel à témoins est lancé pour en savoir plus sur cette kominote “bonheur” qui semble s’apparenter à une secte sexuelle où des hommes prédateurs profitent de la vulnérabilité des jeunes filles. Si vous avez des informations, ne les gardez pas pour vous. #PaFèSilans.

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