La loi de ma bouche

Dangelo Néard est accusé de viol et d’agressions sexuelles, évidemment

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Je viens de lire le texte de Mitsouca Célestin dans AyiboPost. Enfin, lire est une façon de parler; le dégoût que m’inspire généralement Dangelo Néard corrompt jusqu’à ma capacité à lire un texte proprement. Il y est question d’une agression sexuelle contre deux mineures lors d’une résidence d’écriture au Centre PEN Haïti, au vu et au su de tous et de la culture du viol décomplexée qui semblait y régner en maître. Mme Célestin y fait aussi référence à un cas de viol dénoncé le mois dernier dans les colonnes du Nouvelliste par une victime anonyme contre un violeur anonyme.

Contrairement à ce que semble assumer le texte de Mme Célestin, nous ne savions pas tous que l’article dans le Nouvelliste concernait Monsieur Néard. Je ne le savais pas. L’eussé-je su, je n’aurais certainement #PaFèSilans. L’homme m’avait toujours fait l’effet d’un ver gluant dont le shuck ‘n’ jive ridicule sur Radio France Internationale a réussi à me faire cesser d’écouter une radio qui, jusque-là, était la seule à laquelle j’accordais encore quelque foi. Qu’il ait maintenu son émission même en devenant le très jeune Directeur de la Bibliothèque Nationale d’Haïti ne m’a pas non plus étonnée. Du reste, je crois avoir vu passer une admonestation en règle par une doctorante visiblement dégoutée à son tour mais mon degré d’aversion pour le bonhomme était déjà tel que, là encore, je n’avais pu lire le texte.

D’abord, je ne comprenais pas pourquoi nous lui confiions ainsi la gestion d’une telle part de notre patrimoine mais il appert qu’il avait une émission de télévision où il parlait des livres. Parce que, naturellement, c’est la seule qualification qu’il faille pour un poste réservé ailleurs à des fonctionnaires de grande qualité et de carrière. L’on raconte que, de surcroît, il s’agit d’un prodige, que dis-je d’un génie !, et qu’il est d’une culture renversante. Je demandai et demande encore à voir.

Cette réputation qu’on voulait me lui faire jurait cruellement avec son shuck ‘n’ jive mais l’on m’accusa, gentiment, de ne pas l’aimer à cause d’un physique quelque peu grotesque. Je n’insistai pas – je sais parfois être, sur les questions esthétiques, d’une superficialité qui ne manque jamais de me surprendre – mais surtout Monsieur Néard n’était pas assez intéressant pour que je cherche à m’en défendre. Et puis, les accents affectés ont toujours eu le don de m’exaspérer au plus haut point; l’utilisation de l’argot pour faire Français aussi – lors de son discours d’investiture, son invitation à “charbonner notre connaissance du patrimoine” pendant le confinement m’est restée en travers de la gorge. Même ce billet, je l’écris avec un dégoût figé sur mes traits.

Aujourd’hui, j’apprends que l’homme est un porc et un violeur. Cela ajoute au dégoût et, mieux, achève de le justifier. Quelque part, mon instinct que j’ai dû hériter de ma mère, savait. Cette antipathie que j’éprouvais à l’égard de Monsieur Néard – que je n’ai jamais eu, Déesse merci, la malchance de rencontrer – et qui m’inquiétait au point que je m’étais promise de ne pas en parler en public, était un cadeau de la Mère.

C’était un rapedar issu de siècles d’évolution de femmes ayant appris à détecter les hommes peu fiables; une sorte d’intuition qui, jusqu’ici, semble m’avoir protégée des pires salauds de l’espèce. Ce billet est un peu pour lui demander pardon. Pardon de ne pas l’avoir reconnu. Pardon d’avoir douté de lui. Ensuite, c’est une prière pour que les autres victimes – parce qu’il y en a, c’est certain – trouvent la force de le dénoncer et de porter plainte. Enfin, c’est une invitation à la société haïtienne – et au Ministère Public qui la représente – de dénoncer les actions de Monsieur Néard et de ses semblables et de s’engager à ce qu’ils payent pour leurs crimes et que leurs victimes obtiennent justice et réparation.

#PaFèSilans. #PaFèSilans. #PaFèSilans

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