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Les enfants, je fatigue

L’arnaque en éducation du jour nous arrive courtoisie d’un autre type d’influenceurs extrêmement écoutés en Haïti : un blan de chez les Blan. Dans sa vidéo, Philippe Olivier – ex-prêcheur de la bonne parole sur le Centre financier de La Gonâve, selon Le Nouvelliste – annonce un “programme de bourses et de demi-bourses financé … par le biais du support de l’un de [leurs] partenaires internationaux : IFID (Institut de Financement des Institutions de Développement )”. L’ACFIS du Canada, l’institution qu’il représente, “octoyera une centaine ( 100) dans leur 3 départements d’études avec plus de 16 specialités” (sic).

Naturellement, il n’existe pas d’Institut de Financement des Institutions de Développement; il existe bien des institutions de financement du développement (IFD) mais aucune qui s’appelle IFID. On peut donc en conclure aisément que de bourses il n’y aura pas. Toutefois, ainsi que nous l’avons vu avec Ayiti College et VASH, le problème n’est pas qu’avec la bourse; il est surtout dans l’offre réelle d’éducation.

La toute dernière publication de la page Facebook de l’ACFIS (Académie de formation intensive et spécialisée !?!) est une affiche listant les “privilèges aux étudiant”(sic) dont l’offre de suivre des “cours supplémentaires avec H.E.C Montréal avec la possibilité d’obtenir 3 à 4 certificats internationaux”. Rien moins.

Le croiriez-vous si je vous disais que c’est du grand n’importe quoi? Ce, même si le site de l’ACFIS liste “HEC De Montreal , Institute of Business Innovation of Boston, Academic English School of Boston, College Lasal du Quebec” (sic) comme leurs partenaires dès la page d’accueil?

Et cette très officielle vidéo annonçant le partenariat? Pas plus?

Bon, voilà une vidéo de deux blan au lieu d’un seul:

Toujours pas convaincu.e? Vous avez raison. Même s’ils ont réussi à convaincre l’ex gouverneur de la banque centrale Charles Castel qui, en 2018, a animé un de leurs séminaires ou les nombreux conférenciers invités, anciens ministres, économistes de renom etc… Possiblement parce que Philippe Olivier fut conseiller pour les affaires financières du ministre de l’Economie et des Finances Yves Bastien et l’associé de l’ancien Ministre Wilson Laleau dans la compagnie AgroTech depuis dissoute.

C’est le genre de relations qui projette Monsieur Olivier – Dr de finance (?!?) et banquier d’affaires – en personne crédible et importante et transforme son ami Patrick Giraud, dont la page LinkedIn le présente comme anciennement “inscrit en élève libre en section publicité/communication”, en “expert international en marketing“. Le genre de marketing qui explique que, depuis deux ans, de jeunes Haïtien.ne.s se rendent au “293, Delmas 63, En face Eglise Altagrace, Haiti”(sic) pour des diplômes à la valeur douteuse dans l’espoir de voyages vers l’étranger qui n’arriveront jamais.

Mais bon, vous n’avez pas à me croire. Écoutez le DG lui-même – je n’ai pas encore réussi à trouver son nom* – vous rassurer sur la réalité des programmes. Avez-vous jamais rien vu d’aussi convaincant ?


Mise à jour : Parce que j’ai les meilleur.e.s lecteur.rice.s du monde, nous avons déjà le nom du DG. Il s’agirait de Peterson Gédéus, PDG du Réseau National des Étudiants pour le Progrès d’Haïti (Reneph) qui, “dans un premier des voyages sous forme de séminaires internationaux mais une fois sur place, les participants se rendent compte que rien n’a été préparé vraiment”. Pour ce que cela vaut, les mêmes intervenants au RENEPH interviennent à l’ACFIS.

Cet article est également disponible en : Créole

Patricia Camilien Tout afficher

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3 thoughts on “Les enfants, je fatigue Laisser un commentaire

  1. J’ai juste envie de pleurer… de honte, de colère, de désespoir. J’ai honte de ce DG Sans Nom à peine alphabète, je suis furieuse contre ces blancs escrocs qui prétendent nous aider, mais veulent, en réalité, continuer à piller nos maigres ressources, et enfin, je suis désespérée pour cette jeunesse qui n’a aucun repère car elle est totalement livrée à elle-même! “La jeunesse est l’avenir d’un pays”, n’arrête-t-on pas de claironner. Enben, Ayiti pa gen avni non, mezanmi. Pauvres de nous…!

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