La loi de ma bouche

Les 7 têtes de Jovenel Moïse

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Mirabile dictu, c’est son ancien support le Dr Réginald Boulos, qui ouvre la marche. Nous sommes en décembre 2018 et nous approchons de la fin de la deuxième année du mandat de Jovenel Moïse. Le Président a déjà dû faire face aux émeutes des 6 et 7 juillet 2018, le #PetroCaribeChallenge et le lòk qui suivit la grande manifestation du 18 novembre. “La rue” demande qu’il parte. Lui est convaincu que c’est un complot d’une oligarchie au teint clair contre un Président au teint foncé. Ayant survécu au 18 novembre, il contre-attaque.

À l’époque, le chroniqueur Pierre-Raymond Dumas, écrivait, exactant :

En accédant au pouvoir dans des conditions presque surréalistes, le président Jovenel Moïse, avait, parmi ses promesses, émis la volonté de corriger ce qui devait être corrigé pour protéger les intérêts de la République envers et contre tous. Ce qui implique de s’attaquer aux sujets difficiles comme l’acquisition d’équipements, l’achat des carburants, la réforme du secteur de l’énergie, le dossier de réhabilitation de l’aéroport ou celui de l’Office national d’identification (ONI) pas seulement pour se détacher de son image d’intrus ou de nouveau venu dans « la République de Pétion » réputée pour ses vices incroyables et ses traquenards jamais en manque de cruelle inspiration.

Pierre-Raymond Dumas, “Jovenel Moïse face au dilemme des contrats et au poids des situations de rente : l’achat des équipements” in Cette transition qui n’en finit pas, Le Nouvelliste, 27 décembre 2018

L’année précédente, il avait pourtant commencé par remercier cette République de Pétion qui avait financé sa campagne et lui avait permis de faire campagne deux années durant et de, selon Pierre Espérance du RNDDH, “dépenser plus en publicités que les 26 autres candidats réunis“. Il procéda donc, au début de sa présidence au décaissement de 123.372.025.00 millions de dollars pour l’achat d’équipements lourds dont le bon docteur aura la part du lion : $53.690.275.00 pour Auto Plaza S.A. HAYTRAC (Haytian Tractor & Equipment Co. S.A.) et Automeca (Auto et Mécanique S.A.) ne s’en sortent pas trop mal avec respectivement $41,046,750.00 et $28,635,000.00 de commandes en équipements. Puis, “le petit paysan qui réussit” – sans doute parce que, lui, est un vrai paysan, qui sait couler quand il faut, mais n’oublie jamais les affronts contre son honneur – décida de prendre sa revanche.

Ce qui arrête ici, c’est la méthode. Là où, le Président Moïse semble peiner à respecter ses promesses envers la population – de l’électricité 24/24 aux lycées construits avec l’ancien budget du Parlement aujourd’hui dysfonctionnel, en passant par l’accès gratuit à l’Internet au Champ de Mars – il poursuit ses engagements personnels avec une unicité qui force le respect: équipements (Boulos et co), énergie (Vorbe et co), ONI (Dermalog) et l’achat de carburants (en cours). Depuis hier, il ajouté les banques à sa liste du début. Nous sommes donc à cinq groupes, cinq têtes du serpent à 7 têtes des “héritiers du système” contre lequel il se battrait pour nous, peuple haïtien, comme il nous l’a avoué, lorsqu’il s’est décidé enfin, à nous parler, post dernier lòk, parce que s’il ne parlait pas, il s’étoufferait.

L’aéroport qui doit rouvrir le 30 juin prochain serait, possiblement, la 6ème tête. Reste à savoir qui serait visé. L’argent des chariots réputé revenir de droit à nos premières dames. Les “taxes” sur le trafic de drogues auquel nos douaniers sont aveugles ? La gestion de l’aéroport lui-même ?

Le plus excitant toutefois reste la 7ème tête. J’ai beau creuser, je ne vois pas le groupe visé. Lorsque, à New York, en septembre 2018, il parlait de contrats léonins, c’étaient l’asphalte et les routes qui le préoccupaient, à mettre donc dans la tête équipements. Dans son discours en juin 2018, la surfacturation et les chèques zonbi figuraient en bonne place, mais ce sont là des questions transversales et donc pas de tête. Quelque chose me dit que c’est la défense et la sécurité, i.e. le contrôle des armes sur le territoire.

L’arrêté du 12 février 2020 remplaçant celui du 9 janvier 2019 qui lui portait révision de celui du 30 août 2017 a surtout suscité des débats quant à l’inclusion de l’électricité – #SuivezMonRegard – dans la liste des domaines “considérés comme des marchés intéressant la défense ou la sécurité nationale”. Peut-être aurions-nous dû nous intéresser beaucoup plus à l’aspect défense et sécurité. Après tout, le chef de la sécurité du Président venait de se doter d’une compagnie de sécurité (janvier 2020), un armurier jeté en prison (décembre 2020) et une énième cargaison d’armes saisie dans nos ports (février 2020).

Certes, dans son son allocution du premier janvier de cette année, son discours était passé des héritiers du système aux maux du système : 1)Black-out, 2)Surfacturation, 3)Contrebande, 4)Pauvreté extrême, 5)Insécurité, 6)Fraude et Évasion fiscales, et 7)non accès véritable au crédit. L’on y sent toutefois une parade. On retombe dans les généralités or notre Seigneur de la Banane semble sur ces questions tabler sur du concret. Je reste donc sur le marché des armes, alimentant contrebande, pauvreté et insécurité.

Avec les gangs syndiqués en G9 et l’opposition qui prépare une bataille rangée pour le 7 février 2021, les prochains mois s’annoncent intéressants. Dommage pour nous qui, entre chute de la gourde, canicule, famine et autres insécurités multiformes, devrons en subir les conséquences.

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