La loi de ma bouche

OMS : Donald Trump est un imbécile mais vous, quelle est votre excuse ?

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Le Président américain, véritable monument à l’impéritie, cherche un bouc émissaire. Il a tout essayé : Barack Obama, les démocrates, la Chine… Ces derniers temps, il s’en prend à l’Organisation mondiale de la santé. L’OMS qu’il accuse d’être sous la coupe de la Chine et à qui il a décidé de couper les vivres, en pleine pandémie mondiale.

Pour un président qui est sorti de l’accord de Paris parce que Paris n’est pas une ville américaine et dont la conseillère accuse l’OMS de n’avoir rien fait pour les 18 COVID précédent la 19, de telles idioties sont attendues. Mais vous, vous là, qui entrez dans son délire avec lui, c’est quoi votre excuse ? Que croyez-vous qu’elle soit l’OMS ? Dieu tout-puissant devin et autorité superétatique? Certes, l’organisation n’est pas parfaite. Aucune organisation ne l’est. Mais de là à rejoindre DJT dans ses délires complotistes, il y a un fossé que vous franchissez bien trop allègrement.

Créée le 7 avril 1948, l’OMS est une institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour la santé publique. Ses but et fonctions sont précisées dans sa constitution adoptée à la Conférence internationale de la Santé, le 22 juillet 1946, par 61 États membres:

Article 1: Le but de l’Organisation mondiale de la Santé (ci-après dénommée
l’Organisation) est d’amener tous les peuples au niveau de santé le plus
élevé possible.

Article 2: L’Organisation, pour atteindre son but, exerce les fonctions suivantes :
a) agir en tant qu’autorité directrice et coordonnatrice, dans le domaine de la santé, des travaux ayant un caractère international ; […]
c) aider les gouvernements, sur leur demande, à renforcer leurs services de santé ; […]
d) fournir l’assistance technique appropriée et, dans les cas d’urgence, l’aide nécessaire, à la requête des gouvernements ou sur leur acceptation ; […]
f) établir et entretenir tels services administratifs et techniques jugés nécessaires, y compris des services d’épidémiologie et de statistique ;
g) stimuler et faire progresser l’action tendant à la suppression des maladies épidémiques, endémiques et autres ; [..]

Constitution de l’OMS, 1946. (C’est nous qui soulignons.)

Pour accomplir cette grande mission, l’OMS compte sur la contribution des États membres et dont les montants sont fixés en fonction de leur richesse et de leur population. L’article 7- dont un amendement relatif au respect des principes humanitaires attend d’entrer en vigueur depuis le 20 mai 1965 – prévoit des sanctions en cas de non-paiement:

Lorsqu’un Etat Membre ne remplit pas ses obligations financières vis-à-vis de l’Organisation, ou dans d’autres circonstances exceptionnelles, l’Assemblée de la Santé peut, aux conditions jugées par elle opportunes, suspendre les privilèges attachés au droit de vote et les services dont bénéficie l’Etat Membre. L’Assemblée de la Santé aura pouvoir de rétablir ces privilèges afférents au droit de vote et ces services.

Ce qui, vous conviendrez aisément, n’est guère bien contraignant. Comme avec toutes les institutions de l’Onu, la mission de l’OMS est tributaire du bon vouloir des États à qui elle fait des recommandations que ces derniers suivent ou pas. Comme ici, avec la France – que, accessoirement le patron de l’organisation vient de féliciter pour son « leadership » face à la pandémie – où toujours suivre les recommandations de l’OMS est une expression à géométrie variable.

Nous avions déjà parlé des tentatives des régimes autoritaires d’user de la pandémie actuelle pour subvertir la démocratie à grands renforts de fake news. Nous avons vu comment la manie de l’administration chinoise de contrôler l’information a contribué au déclenchement d’une pandémie mondiale. C’est ainsi qu’au 14 janvier 2020, communiquant sur le nouveau coronavirus, l’organisation reprendra les conclusions préliminaires chinoises dans ce tweet alimentant désormais les critiques les plus virulentes.

À commencer par le président américain qui reproche à l’OMS d’avoir salué, à la mi-janvier, la transparence de la Chine alors que, dix jours plus tard, il l’avait fait lui-même:

Ce que Trump ne dit pas – et il y a une forte chance qu’il ne le sache même pas – c’est qu’un jour avant son Tweet à lui, le 23 janvier 2020, le directeur de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, expliquait ne pas déclarer encore l’urgence sanitaire mondiale – elle l’était déjà en Chine – parce que « le comité d’urgence était divisé sur la question ». Il ajouta que « la flambée représent[ait] un risque très élevé en Chine et un risque élevé aux niveaux régional et mondial » et que « le fait que [il] ne déclare pas une urgence de santé publique de portée internationale aujourd’hui ne doit pas être pris comme un signe que l’OMS ne pense pas que la situation soit grave ou que nous ne la prenons pas au sérieux. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. »

Une intervention mesurée, anticipant la critique et préparant la déclaration de l’urgence internationale au 30 janvier 2020, pour la sixième fois de son histoire. L’organisation estimait alors qu’il n’y avait pas lieu de paniquer et de restreindre les mouvements de population ou le commerce et préconisa de #RetLakay #KanpeLwen #LaveMen #PaManyenFigi. Une positiom qu’on lui reproche – ainsi d’ailleurs qu’à l’union européenne – mais qui insistait surtout sur la nécessité pour les États de travailler ensemble pour gérer la crise, comme elle l’avait déjà fait, au 24 septembre 2019, lorsque son Conseil mondial de suivi de la préparation (GPMB) sonnait l’alerte dans son premier rapport annuel.

Intitulé « Un monde en péril », ce rapport faisait remarquer que pendant trop longtemps nous avons permis à un cycle de panique suivie de négligence de s’installer dans la gestion des pandémies et proposait une liste de 7 mesures à adopter par un monde jugé jugeait peu préparé à faire face à une pandémie, sous peine de chaos social:

  1. Les chefs de gouvernement doivent s’engager et investir.
  2. Les pays et les organisations régionales doivent donner l’exemple.
  3. Tous les pays doivent bâtir des systèmes solides.
  4. Les pays, les donateurs et les institutions multilatérales doivent être prêts au pire.
  5. Les institutions de financement doivent mettre en rapport préparation et planification du risque économique.
  6. Les bailleurs de fonds de l’aide au développement doivent créer des incitations et accroître le financement de la préparation.
  7. Les Nations Unies doivent renforcer les mécanismes de coordination

Naturellement, nous n’avons rien fait de tout cela et la pandémie arrivée nous nous sommes installés dans la panique en attendant de retomber dans la négligence… jusqu’à la prochaine pandémie, où nous nous attacherons à trouver un autre bouc émissaire.

Le problème principal tient sans doute à notre refus d’accepter notre mortalité – voir nos multiples religions nous promettant la vie éternelle – et d’agir en conséquence. Il importe pourtant, pour les questions scientifiques à tout le moins, de pouvoir observer froidement la réalité: nous mourrons tous; certains mourront de la COVID-19; nous ne sommes pas préparés à gérer une pandémie; nous apprenons par essai-erreur; la très très grande majorité d’entre nous allons nous en sortir.

Cette réalité admise, il s’agit de savoir comment organiser notre réponse. En commençant par (nous) dire la vérité. Que nous espérons tou.te.s atteindre à une immunité communautaire/collective et que cela signifie que certains d’entre nous mourront avant que nous y arrivions alors que nous nous attelons à aplatir la courbe dans l’attente d’un vaccin. Car, voilà là le grand plan de l’espèce humaine face à un morceau d’acide ribonucléique : éviter que nous ne soyons trop nombreux à attraper le virus en même temps de façon à laisser le temps à nos hôpitaux de libérer les ressources nécessaires pour nous soigner, chacun notre tour. Nous jouons défense.

Le Dr Tedros pense qu’il est grand temps de passer à l’offensive et recommande 1) dépistage stratégique, traçage et isolation des contacts, 2) information crédible et lutte contre l’infodémie d’intox, 3) développent de thérapies efficaces en attente d’un vaccin.

Une proposition simple, sensée mais difficilement applicable parce que politiquement coûteuse. Les administrés veulent voir de l’action. Les politiques veulent qu’on les voit agir. Les médias aident les uns et les autres à obtenir ce qu’ils veulent. La raison en prend pour son grade mais le monde est ainsi fait. Les theories complotistes ont le vent en poupe. Des politiques jouent à les prendre au sérieux. Le chaos social prévu par l’OMS se profile à l’horizon alors que le spectre de la famine dans la corne de l’Afrique mais aussi en Haïti se précise.

J’oubliais… La faim n’est pas contagieuse.