La loi de ma bouche

Ceci n’est pas votre corps

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Erika Harper est adepte de yoga, conseillère licenciée en santé mentale et experte en sexualité. Sur son compte Instagram, elle partage des photos à couper le souffle, où la prouesse le dispute à la souplesse. La voilà, enceinte de 35 semaines, en posture de Sirsasana (posture sur la tête), à stresser un homme haïtien pour son enfant (à lui) qui n’est pas dans son ventre (à elle).

C’est tout de même fascinant, cette capacité de certains à trouver toujours le moyen de s’approprier le corps des femmes pour leur dicter ce qu’elles peuvent en faire. J’ai beau m’intéresser à la misogynie faite Dieu, à la Chute de l’homme et la pire vérité de l’obsession du Patriarcat pour le contrôle du corps féminin, je reste ébahie par la vastitude et la grande diversité de l’arsenal déployé. Certes, ce n’est pas Yahvé jaloux interdisant tout culte à Asherah mais qu’un Haïtien lambda sur Twitter réagisse sous la photo d’une femme qu’il ne connaît ni d’Ève ni de Lucy pour proclamer qu’elle ne pourrait faire ce genre d’acrobaties en portant son enfant à lui, c’est tout aussi arrêtant. Sidérant. Renversant. Comme les idoles de la déesse jetée à bas (Deutéronome 12: 3–4).

Dire qu’on est au 21ème siècle et que nous avons finalement convenu, et ce depuis des siècles, que le ventre de la femme n’est pas un terreau où poussent les bébés. Que la femme porte son enfant (au moins à 50% du génome) avant que d’être le vaisseau transportant l’enfant d’un homme mais bon, apparemment, il s’agit de protéger le résultat du précieux fluide corporel du mâle.

Vous me direz que oui mais… des femmes enceintes sont victimes de violence conjugale de la part de leurs Haïtiens de maris. Vous ajouterez que, même avec la loi sur la paternité responsable (2012), l’irresponsabilité de leurs Haïtiens de géniteurs reste tout aussi légendaire. Vous ferez sans doute remarquer que 3 fois sur 4 l’infertilité du couple cherchant à avoir une enfant est due à l’homme et que donc par conséquent… Que nenni !

Certes, biologiquement, un homme peut avoir des milliers d’enfants et est donc aisément remplaçable, tandis qu’une femme ne peut être enceinte, au grand maximum que deux fois en neuf mois. L’espèce a donc, mathématiquement, besoin de plus de femmes fertiles pour survivre mais, que voulez-vous, l’homme tient, lui, à sa progéniture. Ce qui se comprend, parce que quand on est pas si important au final, on se crée une importance. Mais, revenons à Erika Harper et à la posture du Sirsasana.

Cette posture inversée n’existe pas que parce qu’elle est extrêmement photogénique. Elle est réputée apporter plus d’oxygène au cerveau, booster la glande thyroïde, soigner le mal de tête, améliorer la vue et calmer le yogi. Et, comme si cela ne suffisait pas, la posture du Sirsasana renforcerait la sangle abdominale et serait conseillée aux personnes souffrant de jambes lourdes. Et vous savez à qui tout ceci pourrait être utile ? Une femme enceinte ! Une femme comme Erika Harper, qui, dans le texte accompagnant l’image, explique :

Alors que ma première grossesse a été toute en douceur, ces deux dernières semaines, celle-ci semble apporter avec elle tous les symptômes communs d’un troisième trimestre : indigestion, hémorroïdes, des poils au montant, des envies constantes d’uriner…

Mais bon, la question n’est pas là. La question est de savoir si l’Haïtien dont elle porterait l’enfant hypothétique alors qu’ils n’ont virtuellement aucune chance de se rencontrer le laisserait faire ses exercices de yoga prénataux, décision qu’il prendrait en tant qu’expert en possession d’un pénis pouvant potentiellement produire des spermatozoïdes viables et trouver une ovule qui veut bien se prêter au jeu. C’est dans ces moments que je regrette que la COVID-19 nous prive de face-palm.

#LaveMen #PaManyenFigi et joyeuses pâques à distance !