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Satan

Pour W. qui veut savoir pourquoi le diable existe

Le Yahvisme – précurseur du Judaïsme – était un culte hénostéiste adorant Yahvé comme le dieu d’Israël, tout en reconnaissant d’autres dieux du panthéon canaanite. Le couple divin formé par Yahvé et Asherah, sa mère et consort, est au centre de la foi des premiers Juifs. « Reine des Cieux », Asherah est, à l’origine, la déesse consort du sumérien Anu. En Canaan, elle devient consort du dieu suprême, El, puis de Yahvé qui, misogynie faite Dieu oblige, finira par ordonner (Deutéronome 12: 3–4) la destruction des objets relatifs au culte de la déesse pour se garantir un culte pur où lui seul serait adoré. Ce qui n’a, au final, pas empêché à Asherah d’être vénérée avec Yahvé – par leur fils – des millénaires plus tard, sous la forme certainement moins émasculante, de la Vierge Marie, Reine des Cieux.

Le monolâtrisme n’était pas toutefois que Dieu suprême et Déesse consort. Il consistait en la croyance en l’existence d’autres dieux à l’importance plus ou moins grande qui deviendront, selon les besoins du texte biblique, anges ou démons.

Le plus fameux d’entre eux est Lucifer/Baal/Satan/le Diable. Ange et démon, il est à la fois créature et adversaire de Yahvé. Il incarne le Mal, là où Yahvé incarne le Bien. Yahvé qui fait, crée, incarne le Mal (2 Rois 6:33, Isaïe 45:7, Amos 3:6) et a tué directement 2,476,633 d’humains (hors Déluge, Sodome et Gomorre, plaies d’Égypte, les femmes que l’on ne comptait pas et autres péché originel), là où Satan n’a à son actif que les 10 assassinats directement attribués (encore que le texte fasse référence à la colère de Dieu): les 7 garçons et 3 filles de Job.

C’est par Job que nous faisons la connaissance du Satan. Du, article défini, parce que Satan est un nom commun et définit une profession : celui d’accusateur. Dieu s’en sert pour tester la fidélité de Job. Lucifer, lui, est à l’origine, Vénus, l’astre du matin. Par un de ces tours de passe passe dont la tradition chrétienne a le talent, il sera rapproché du roi babylonien déchu décrit dans Isaïe (14:3-21), lui aussi astre du matin, avant de finir, courtoisie de Saint Augustin, du Moyen-âge et de Dante et son enfer, Satan le Diable.

Le Diable, lui, nous vient du latin diabolus, par le grec διάβολος / diábolos. Il est celui qui divise, qui trompe, qui calomnie. Il existe pour donner la réplique à Dieu fait unique. Jusqu’ici, les dieux avaient deux visages, bon ou mauvais, selon leurs bons plaisirs; d’où les sacrifices pour se mettre dans leurs bonnes grâces. À plus forte raison, quand il n’y en a plus qu’un seul. Après tout, « arrive-t-il un malheur dans une ville, (s)ans que l’Eternel en soit l’auteur? » (Amos 3:6).

Le problème commence quand Dieu se fait amour (1 Jean 4:8); un Dieu qui ne prend pas plaisir au mal et auprès duquel le méchant n’a pas sa demeure (Psaume 5: 4). Il lui fallait donc, rien que pour ses relations publiques, un méchant, bien loin de lui, dans les profondeurs de l’enfer, responsable de tout le mal du monde. Ce sera le Diable.

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Cet article est également disponible en : Créole

Patricia Camilien Tout afficher

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