La loi de ma bouche

Ces ministres forcés d’être riches

L’article 172-1 de la Constitution (frauduleusement) amendée est une merveille d’inanité. À ses côtés, le Comité Interministériel des Grands Événements, est un monument au bon sens. La Constitution de 1987 ne précisant pas les conditions de nomination des ministres, l’amendement sans poil s’en chargera de la belle manière :

Pour être nommé Ministre, il faut :

Etre haïtien et administrer la preuve d’avoir répondu à l’ensemble de ses obligations en tant que citoyen fiscalement domicilié en Haïti, y posséder des biens immobiliers pouvant garantir et protéger l’État et ne détenir aucune autre nationalité au moment de la nomination ;

Etre âgé de trente (30) ans accomplis ;

Jouir de ses droits civils et politiques et n’avoir été condamné à une peine afflictive et infamante ;

Avoir reçu décharge de sa gestion si on a été comptable des deniers publics.

Article 172-1, Constitution « amendée

Oui, vous avez bien lu. Un ministre doit « posséder des biens immobiliers pouvant garantir et protéger l’État ». Dans le budget 2017-2018 – le dernier en date, comme nous roulons toujours sans budget – le Ministère de la Planification et de la Coopération externe gérait un budget de 7,383,239,100.00 de gourdes. Certes, son ministre avait ses entrées au Paradis mais sont-ce là des garanties suffisantes ? L’article parle de biens immobiliers, des biens foncièrement terrestres s’il en est. Aussi, ne peut-on guère s’étonner quand les immeubles de nos ministres poussent comme des champignons. Ils s’appliquent à satisfaire à une exigence constitutionnelle.

L’année dernière, un peu après les événements des 6-7 juillet 2018, je déposais chez lui un stagiaire qui avait le malheur d’habiter à côté d’une de ces précieuses garanties. Comme le chauffeur reculait – nous étions dans une impasse – des agents de sécurité se sont mis à taper la pauvre voiture qui n’avait rien fait. Mon stagiaire était perdu – Il était Français – Il ne comprenait pas. Les agents lui ont expliqué, avec la charmante candeur d’agents de sécurité de ministre, que notre voiture avait heurté la barrière du ministre, n’avions-nous pas entendu le bruit ? Comme nous étions plutôt loin de la dite barrière, nous demandâmes à voir. Il n’y avait aucune trace de la malencontreuse collision, ni sur la voiture, ni sur la barrière mais là n’était pas le point, nous avions failli heurter la barrière.

Je ne pus m’en empêcher. Je demandai à qualifier le crime. Je tenais à savoir quelle était la punition réservée à celleux qui manquaient de heurter la barrière de la toute nouvelle maison – l’on y apportait les dernières touches – du Ministre F, d’autant qu’il était fort possible que ce soient mes taxes qui la construisaient. Je n’en sus pas plus. Les agents ne voulaient pas de problème. Ils me recommandèrent de faire attention, s’excusèrent d’avoir frappé la voiture, mais Madame devait comprendre qu’ils ne faisaient que leur travail, et battèrent en retraite derrière la grande barrière.

Je racontai l’histoire à quelques amis qui m’assurèrent que le Ministre était à sa troisième maison. C’est qu’il en fallait des maisons pour garantir sept milliards trois cent quatre-vingt-trois millions deux cent trente-neuf mille cent gourdes.

Aujourd’hui, dans le Cabinet du Premier Ministre nommé, une ministre nommée était réputée avoir un problème immobilier mais depuis elle se serait trouvée une maison. C’est peu – le budget de son ministère s’élève à 6,139,950,070.00 gourdes – mais c’est un début. Il lui faudra donc vite en trouver d’autres pour compenser. Heureusement pour elle, nous n’en sommes pas encore là. La ratification de la politique générale de Monsieur Fritz William Michel est tout sauf garantie. La Chambre des Députés s’est plutôt mal réveillée ce matin.