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Poisson noyé

Ce lundi midi, dans la petite commune, lorsque les riverains apprirent que les soutiens présumés d’Arnel Joseph terrés dans la localité de B. se rendaient à Cavaillon, ils se doutaient bien que quelque chose se passait. Le petit groupe était arrivé, un peu avant l’opération peyi lòk. L’un d’eux était de la localité et avait emmené quelques « camarades » avec lui. Des bruits couraient sur leur appartenance au gang d’Arnel mais ils se tenaient à carreau et ne faisaient pas de vague. Aussi, la population résolut-elle de les ignorer tant qu’ils feraient leur respect.

Aux environs de 11h, Arnel Joseph arriva à l’Hôpital Lumière de Bonne Fin pour une opération chirurgicale suite à des échanges de tirs – la guerre d’après l’intéressé – avec un autre chef de gang dans l’Artibonite. Son cortège aurait été plutôt modeste. Une Mazda dont nous retiendrons le numéro d’immatriculation et une Land Cruiser depuis évaporée. « Activement recherché » par la police – qui, accessoirement, offrait deux millions de gourdes pour sa capture – il commença par refuser de donner son nom à l’hôpital pour qu’on puisse monter son dossier. Un ange gardien passant par là, prévint le Commissariat de Cavaillon qui avertit à son tour Port-au-Prince. Lorsque la bande de Brody arriva pour donner du sang à leur chef, celui-ci n’en avait guère plus besoin. La police avait déchargé l’hôpital de son patient et avait résolu de s’en occuper elle-même.

Dans les photos et vidéos circulant sur les réseaux sociaux, on voit Monsieur Joseph, visiblement malmené. Nu et recouvert de poussière, il se retrouve à même le sol, une blessure récente à l’épaule droite, les bras derrière le dos, la bouche saignante, et le pied botté d’un policier pressé contre sa poitrine. Des pans de sa robe d’hôpital apparaissent ici et là. Il a malgré tout l’air plutôt serein. Il finira bien par demander au « commandant » de ne pas faire « cela »- c’est-à-dire le filmer dans de telles conditions – mais pas avant de partager sa lecture de la situation. Il était en guerre et a subi un revers du fait d’une « balle montée » – comprendre ensorcelée et donc provoquant des blessures surnaturelles. Sinon, il s’en serait sorti. Il contrôlait Marchand Dessalines. Il volait ces « grands nègres qui ne partagent pas ». Son « peuple » l’aimait. Puis, il y eut cette balle montée.

Arnel arrêté, le débat se déplace désormais vers ce qu’il aura à dire. Sur ces autres soutiens, donneurs d’argent et de balles plutôt que donneurs de sang. Sénateurs et hommes d’affaires accompagnant le « leader communautaire » qu’ils ont bien voulu qu’il soit. Contrairement à d’autres, la police l’a eu vivant. Alors, parlera-t-il, parlera-t-il pas ? La rumeur veut que les voitures de son cortège appartiennent à un Sénateur – et pas celui qu’on pense. Alors, parlera-t-il, parlera-t-il pas ?

S’il faut s’en remettre à l’Histoire, il ne parlera pas. Non pas forcément, comme certains spéculent, parce qu’il sera bientôt suicidé et/ou aura un malencontreux accident, mais parce que, impunité oblige, ses chances de libération – judiciaires et extrajudiciaires – sont bonnes. Comme un certain Tèt Kale ou un Sonson Lafamilia, avant lui.

Sinon, avez-vous appris la nouvelle ? Nous avons un nouveau Premier Ministre.

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Patricia Camilien Tout afficher

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