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Mes garçons

Avant que je ne m’endorme, sous l’effet d’antihistaminiques puissants mais avec le souvenir de cette belle marche contre le viol, une fois n’est pas coutume, souffrez un court instant que je vous parle de mes garçons et à quel point je suis fière d’eux.

D’accord, ce ne sont pas des garçons. Ils sont des étudiants, des hommes, des vrais, mais j’ai quelques cheveux blancs, une fièvre tenace et un œil pas tout-à-fait désenflé (allergies) et donc je peux bien me le permettre.

Mes garçons donc m’ont montré aujourd’hui qu’#AyitiNouVleA est possible, que je peux et dois continuer à rêver.

Il y a un peu moins de 4 ans, j’écrivais, ici, sur ce blogue, à propos de mon quasi-désepoir de professeure et de directrice des affaires étudiantes, revenue de Paris « avec des rêves plein la tête, [ayant] pris comme un signe, l’offre qui [lui] avait été faite de [s]’occuper de milliers d’étudiants« .

Un jour, n’en pouvant plus, alors que je m’adressais à quelques 200 étudiants, je leur confiai combien leur apathie maintenait vivant « ce sentiment d’échec qui n’est jamais trop loin et qui, patient et persistant, se rappelle à moi et régulièrement me nargue d’un Je te l’avais bien dit à peine voilé« . Quelques-uns s’approchèrent, peinés de m’avoir fâchée et promirent de faire mieux.

Je notais alors:

Je crois sincèrement qu’ils ont compris. Je crois aussi qu’ils étaient sincères en me disant, ce soir-là, et les jours qui suivirent, qu’il fallait être patient avec eux. Qu’il ne fallait pas abandonner. Qu’ils allaient finir par y arriver. Que j’allais finir par y arriver.

Aujourd’hui, ce n’est pas la première fois mais de telles joies doivent être longuement savourées, j’ai de nouveau le sentiment que que nous allons peut-être finir par y arriver.

Voilà mes garçons, Dimitri Jean-Baptiste (l’étudiant dont je parlais dans le billet précédent) et ses co-administrateurs du groupe Whatsapp #PaFèSilans (Fò n kanpe), Pérez Riquemi, Yvenson Acené et Louis Patrick, planifiant une marche pour briser le silence autour du viol en Haïti. Le fait qu’ils aient tous suivi au moins un cours avec moi ne rend ce moment que plus délicieux.

Voilà mon garçon, Johnson Deshommes (celui qui devait partir 50 ans), devenu médecin engagé, co-auteur d’un texte dénonçant une série noire de viols sur des étudiantes, un texte qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux haïtiens appelant la société haïtienne à dire « Non au viol ».

Voilà mes garçons du service d’ordre, assurant la sécurité, garantissant le parcours de la marche et offrant à leur daé une raison de plus d’être fière.

Mes garçons me donnent espoir. Mes garçons me rendent heureuse. Ils étaient nombreux aujourd’hui, pancartes à la main, à crier justice, à exiger une société où les femmes ne seront plus en danger parce qu’elles sont femmes.

Mes garçons sont les meilleurs. Ils sont un merveilleux cadeau pour la fête des mères.

D’accord, je ne suis pas leur mère mais fièvre, allergies, dodo, etc.

Vous ai-je déjà dit à quel point je suis fière de mes garçons ?

Cet article est également disponible en : Créole

Patricia Camilien Tout afficher

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